En marge d’une cérémonie de collation de diplômes tenue à l’église Rendez-Vous Christ, ce samedi 24 janvier 2026, l’ancien président provisoire Jocelerme Privert s’est insurgé contre les discours annonçant un supposé vide institutionnel après la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), prévue pour le 7 février prochain. Pour l’ancien chef de l’État, ces craintes relèvent d’une lecture erronée de la Constitution. Il plaide, au contraire, pour un retour à un exécutif monocéphale, conformément à l’esprit et à la lettre de la Loi mère, dans le contexte actuel.
Ancien président de l’Assemblée nationale et ancien président provisoire de la République, Jocelerme Privert a été invité à livrer son analyse sur la situation sociopolitique du pays, marquée par une vive confrontation entre certains membres du CPT et la Primature, à l’approche de la date butoir du 7 février, censée acter la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition. D’un côté, cinq conseillers présidentiels réclament ouvertement la tête du Premier ministre ; de l’autre, ce dernier bénéficie d’un soutien affirmé de la communauté internationale.
« Aurait-on dû avoir un exécutif à deux têtes ? », s’interroge Jocelerme Privert, avant d’enchaîner : « Dans quel article de la Constitution cela est-il écrit ? », lançant ainsi une série de questionnements destinés à démonter, selon lui, une construction bancale.
Pour l’ancien sénateur, l’acceptation, en 2024, par les acteurs politiques haïtiens, de la mise en place d’un Conseil présidentiel de transition composé de neuf membres constitue une « erreur monumentale ». Il rappelle que la Constitution haïtienne prévoit strictement deux voies d’accès à la magistrature suprême.
« Soit par des élections générales organisées par le Conseil électoral provisoire, soit, en cas de vacance présidentielle, par l’élection d’un président provisoire par l’Assemblée nationale », explique-t-il, dans un ton quasi pédagogique.
Selon Jocelerme Privert, en situation de vacance présidentielle, deux mécanismes constitutionnels permettent d’assurer la continuité de l’État. D’une part, le Conseil des ministres en fonction peut exercer le pouvoir exécutif. D’autre part, l’Assemblée nationale, investie des prérogatives que lui confère la Constitution, peut élire un président provisoire. Or, rappelle-t-il, le pays est privé de Parlement depuis janvier 2020. « Le 7 juillet 2021, il y avait bel et bien vacance présidentielle, mais le Parlement était déjà dysfonctionnel », souligne-t-il.
Au regard de ces éléments, Jocelerme Privert estime que le Conseil des ministres aurait dû assurer la conduite des affaires de l’État jusqu’à l’élection d’un président, lequel aurait ensuite nommé un Premier ministre chargé de former un gouvernement appelé à être ratifié par le Parlement. « Ce n’est qu’à ce moment-là que le gouvernement aurait dû se retirer », tranche-t-il.
7 février : fin du mandat du CPT
Pour Jocelerme Privert, la même logique constitutionnelle doit prévaloir après la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, le 7 février 2026. Pour lui, le Conseil des ministres est l’organe habilité à exercer le pouvoir exécutif jusqu’à la réalisation d’élections dans le pays.
À ses yeux, il ne saurait être question de vide institutionnel. « Il ne doit pas y avoir de vide institutionnel, et il n’y en aura pas », martèle-t-il. Avant de conclure par un appel clair : « Le peuple haïtien veut des élections afin de sortir le pays de l’instabilité chronique dans laquelle il est enfermé.»
Par: Daniel Jean
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