À l’occasion de la graduation de la 1ère promotion du projet P4000, intégrée à la 35ᵉ promotion de la Police nationale d’Haïti (PNH) ce vendredi 23 janvier 2026, le chef du gouvernement a prononcé un discours à forte charge politique, dans lequel il promet de traquer non seulement les gangs armés, mais aussi leurs soutiens discrets, ces « bandits en cravate » qui prospèrent dans l’ombre de l’instabilité.
Sans jamais citer nommément le CPT ni ses conseillers les plus virulents à son encontre, le Premier ministre a livré ce qui ressemble à un tacle politique soigneusement calibré. Dans une situation où certains membres du Conseil présidentiel multiplient les initiatives pour obtenir sa révocation, son discours sonne comme une contre-offensive assumée, articulée autour de la restauration de l’autorité de l’État, du renforcement de la PNH et de la dénonciation d’un système de prédation qui mêle criminalité armée et complicités politiques.
Dès l’entame de son allocution, Alix Didier Fils-Aimé s’est posé en « serviteur de l’État », rappelant que la République d’Haïti faisait corps avec sa Police nationale. Le projet P4000, a-t-il martelé, n’est pas un slogan mais une stratégie nationale irréversible visant à doter le pays d’une police forte, professionnelle et déployée sur tout le territoire. La graduation de 877 nouveaux policiers, bientôt suivie par l’intégration annoncée de 1 200 autres cadets, est présentée comme la preuve tangible d’un État qui assume enfin sa mission régalienne.
S’adressant directement au peuple haïtien dans son discours, il a dressé un tableau sans fard des ravages causés par les gangs : meurtres, viols, maisons incendiées, familles déplacées, dignité piétinée. Cette violence, a-t-il insisté, n’est pas un simple désordre social, mais une véritable guerre menée contre la République. Et dans cette guerre, selon le Premier ministre, les ennemis ne portent pas tous des armes visibles. « Nou pa sèlman ap konbat bandi ak sapat, men tou bandi ak kravat », a-t-il lancé, dénonçant ceux qui financent, protègent ou instrumentalisent l’insécurité pour préserver leurs intérêts.
« Tout moun ki soutni gang yo, dirèkteman oswa endirèkteman, se advèsè Repiblik la yo ye. E mwen pran angajman pou m konbat yo jiskaske Ayiti libere ( Tous ceux qui soutiennent les gangs, soit directement ou indirectement, sont des adversaires de la République. Et je prends l’engagement de les combattre jusqu’à la libération d’Haiti, en français) », a indiqué le Premier ministre avant de souligner que les « bandi ak kravat, bandi ak sapat » ne feront pas la loi.
Ce passage, lourd de sens, intervient alors que la pression internationale s’accentue sur le CPT. La veille, des communications officielles américaines ont clairement désigné certains conseillers présidentiels comme des obstacles à la stabilisation du pays, voire comme des « criminels au même titre que les gangs. »
Le discours du Premier ministre s’inscrit dans une dynamique internationale clairement assumée. Il a exprimé la gratitude de l’État haïtien envers ses partenaires, notamment les Canada, l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique, pour leur appui constant au renforcement de la PNH. Cette reconnaissance publique intervient alors que les États Unis, le Canada, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont affiché sans ambiguïté leur soutien au Premier ministre, le considérant comme un acteur central de la stabilisation en cours. Ce soutien international contraste fortement avec l’isolement grandissant de certains membres du CPT, désormais sous le feu des critiques diplomatiques.
Il convient de souligner que ce vendredi, deux des 5 conseillers présidents voulant la tête du Premier ministre ont réalisé une conférence de presse pour s’expliquer sur la situation. Ils disent maintenir leur décison de révoquer Alix Didier Fils-Aimé et emprunteront les démarches administratives nécessaires pour arriver à leur fin. Une démarche jusqu’à bloquée par le président du conseil présidentiel Laurent Saint Cyr, refusant d’acheminer la résolution aux presses nationales pour publication dans le journal officiel Le Moniteur.
Par: Daniel Jean
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