Donald Trump a adressé un ultimatum à Téhéran pour accepter un accord de cessez-le-feu. Faute de réponse de la part de l'Iran d'ici à mercredi à 2 heures du matin, heure de Paris, le pays pourrait "être détruit en une seule nuit", menace le républicain.
L'horloge tourne. Après avoir inauguré la chasse aux œufs de Pâques dans le jardin de la Maison Blanche, Donald Trump a réitéré lundi 6 avril son ultimatum contre l'Iran pour accepter un accord mettant fin à la guerre au Moyen-Orient, en cours depuis le 28 février. "Une civilisation entière va mourir ce soir", a même prévenu le président américain, mardi.
Le régime iranien a désormais jusqu'au mercredi 8 avril à 2 heures du matin, heure de Paris, pour donner sa réponse à cet avertissement apocalyptique. Alors que ce délai devait initialement prendre fin lundi, le président américain a considéré, lors d'une conférence de presse, qu'il n'était pas "très approprié" de l'appliquer le jour de Pâques.
Un risque de crimes de guerre ?
Dans le détail, le président américain a menacé de détruire les infrastructures iraniennes essentielles à 20 heures, heure de Washington, faute d'accord de cessez-le-feu et de déblocage du détroit d'Ormuz, vital pour l'approvisionnement mondial en pétrole. "Le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit", a lancé le républicain lundi. Un responsable de la défense a déclaré au média américain Axios (Nouvelle fenêtre) qu'il était "sceptique" quant à la possibilité d'une nouvelle prolongation de cet avertissement, cette fois-ci.
Donald Trump s'est dit prêt à frapper les centrales énergétiques et les ponts iraniens. Il a aussi affirmé qu'il ne "s'inquiétait pas" du risque de commettre des crimes de guerre en détruisant des infrastructures à usage avant tout civil. Pour le milliardaire, le "crime de guerre" serait de laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire.
Quoi qu'il en soit, le président américain décidera seul de lancer, ou non, une opération massive de bombardements sur les infrastructures énergétiques iraniennes, selon Axios. "S'il voit qu'un accord se profile, il va probablement attendre. Mais lui seul prendra cette décision", a assuré un haut responsable de l'administration au média américain.
L'Iran dénonce une "rhétorique arrogante"
Interrogé mardi lors d'une visite en Hongrie, le vice-président JD Vance a estimé que les dernières heures avant expiration du délai pouvaient encore être porteuses d'espoir : "Il va y avoir beaucoup de négociations d'ici là et je suis optimiste quant au fait qu'on parvienne à une bonne issue." Face à cet ultimatum, les autorités de la République islamique font la sourde oreille. Mardi, l'armée iranienne a condamné une "rhétorique arrogante", affirmant via un porte-parole que ce genre de déclarations n'avait "pas d'effet" sur ses opérations.
Dans une lettre adressée au secrétaire général de Nations unies, Antonio Guterres, l'ambassadeur iranien à l'ONU, Amir Saeid Iravani, a critiqué les menaces américaines. "Le silence ou l'inaction face à de telles violations flagrantes sapera gravement l'intégrité du droit international" et risque d'avoir "des conséquences qui s'étendront au-delà de la région", souligne-t-il, cité par les médias officiels iraniens. L'ambassadeur iranien au Koweït a, lui, exhorté les Etats du Golfe à tout faire pour éviter "une tragédie". "Nous espérons que les pays de la région mettront en œuvre tous leurs moyens diplomatiques et politiques pour éviter qu'une tragédie ne s'abatte sur la région", a déclaré à l'AFP Mohammad Toutounji.
Deux ponts et une autoroute touchés mardi
En attendant la fin du compte à rebours, Téhéran et sa périphérie ont été secoués mardi matin par de nouvelles explosions, selon des médias iraniens. Un journaliste de l'AFP a confirmé avoir entendu une série de détonations depuis le nord de la ville. L'armée israélienne a revendiqué une "vague" de frappes visant à "endommager" des infrastructures dans la capitale et "dans d'autres régions d'Iran". Elle a exhorté les Iraniens à s'abstenir de voyager en train jusqu'à 21h30 (20 heures à Paris), laissant augurer de frappes à venir sur le réseau ferroviaire.
Les autorités iraniennes ont aussi fait état d'attaques mardi contre au moins deux ponts, des infrastructures ferroviaires et une autoroute. Un pont près de la ville sainte de Qom, à 150 kilomètres au sud de Téhéran, et un autre supportant une voie ferrée dans la ville de Kashan, dans le centre du pays, ont été touchés selon des responsables régionaux cités par les médias d'Etat.
Un échec des médiations avant l'ultimatum
Les appels à trouver une issue diplomatique se sont multipliés début avril, même si l'Iran et les Etats-Unis ont rejeté lundi une proposition de médiation avancée par plusieurs pays, dont le Pakistan. Toujours selon Axios, les médiateurs portaient l'idée d'un cessez-le-feu de quarante-cinq jours. Celui-ci devait permettre des négociations avant de déboucher sur un accord pour arrêter la guerre.
L'agence de presse gouvernementale iranienne Irna a affirmé que Téhéran avait rejeté cette offre, exigeant "la fin des conflits dans la région, un protocole pour le passage sécurisé à travers le détroit d'Ormuz", ainsi que "la reconstruction et la levée des sanctions" contre l'Iran. Le New York Times (Nouvelle fenêtre) a précisé, citant deux responsables iraniens, que la République islamique demandait notamment la garantie de ne plus être attaquée. La fin des frappes israéliennes sur le Hezbollah dans le sud-Liban pourrait également faire partie des conditions.
En échange, l'Iran serait prêt à lever le blocus du détroit d'Ormuz, en imposant un droit de passage de 2 millions de dollars par navire qui serait partagé avec le sultanat d'Oman, situé de l'autre côté de la voie maritime. Il utiliserait ces recettes pour reconstruire les infrastructures détruites par les frappes israélo-américaines, plutôt que de réclamer des compensations directes. Donald Trump a qualifié cette initiative d'étape "très importante", mais l'a jugée "pas encore assez bien pour la soutenir".
Avec Franceinfo
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