PubGazetteHaiti202005

Note de politique monétaire 2024 - 2025 : quand le crédit bancaire profite davantage aux hommes qu’aux femmes

@BRH

Au cours de l’exercice fiscal 2024-2025, le système financier haïtien a poursuivi son rôle dans le financement de l’économie. Toutefois, les données publiées par la Banque de la République d’Haïti (BRH), à travers sa Note de politique monétaire et les informations issues du Bureau d’Information sur le Crédit (BIC), révèlent des déséquilibres structurels persistants. Répartition inégale entre personnes physiques et morales, faible accès des femmes au crédit, et forte concentration géographique dans le département de l’Ouest : derrière les chiffres se dessine une économie encore profondément fragmentée et marquée par des inégalités préoccupantes.

Entre octobre et décembre 2024, correspondant au 1er trimestre de l’exercice fiscal, le système financier haïtien a accordé environ 91 330 crédits. En apparence, les personnes physiques ont été les principales bénéficiaires, recevant 96,47 % des prêts, contre 3,53 % pour les personnes morales. Cependant, une lecture plus fine révèle une autre réalité.

En effet, si les particuliers ont dominé en nombre, les entreprises ont largement capté la valeur des crédits, notamment en devises étrangères. Ainsi, 85,06 % des prêts en dollars américains, soit plus de 834 millions de dollars, ont été accordés à des clients morales. Cette tendance illustre le poids prépondérant des entreprises dans l’accès aux ressources financières stratégiques, malgré leur faible proportion numérique.


Selon la politique monétaire 2014 - 2025, dès le 1er trimestre, les informations du BIC révèlent un déséquilibre marqué selon le genre. Les hommes ont bénéficié de plus de 65 % des crédits en gourdes, tandis que les femmes n’en ont reçu qu’un peu plus de 34 %. Cette tendance s’est également confirmée pour les prêts en devises, où les hommes ont capté près des 2 tiers du portefeuille total.

La note met en évidence la difficulté persistante pour les femmes à accéder au financement bancaire, en dépit de leur rôle central dans l’économie informelle et le commerce de proximité en Haïti. À l’échelle nationale, les données du premier trimestre révèlent une concentration écrasante du crédit dans le département de l’Ouest, qui absorbe plus de 75 % du portefeuille global, une tendance déjà observée durant l’exercice fiscal 2023-2024. Le Nord, l’Artibonite et le Sud restent largement en retrait, avec des parts variant entre 3 % et 6 %. Cette répartition reflète certes la concentration démographique et économique d’Haïti

Au cours du 2em trimestre de l’exercice fiscal qui cormmence de janvier à mars 2025, le volume de crédits accordés a enregistré un recul de 5,2 %, avec 86 609 prêts octroyés. Si les personnes physiques restent majoritaires en nombre, les entreprises continuent, quant à elles, de capter l’essentiel des ressources financières, en particulier en devises étrangères. Les données révèlent également une persistance préoccupante des inégalités de genre. Les hommes ont bénéficié de près de 64 % des crédits en gourdes, tandis que les femmes demeurent sous-représentées. L’écart se creuse davantage en dollars américains, où les hommes accaparent plus de 76 % du portefeuille.


Au 3e  trimestre de l’exercice, malgré la crise sécuritaire de plus en plus fragile, la structure du financement bancaire demeure pratiquement inchangée. Plus de 75 % des crédits continuent d’être dirigés vers le département de l’Ouest, confirmant une centralisation persistante du système financier. Certaines régions, comme le Nord-Ouest, reçoivent moins de 1 % des crédits illustrant un déséquilibre territorial profond. Cette situation soulève des inquiétudes quant à la capacité du système financier à soutenir un développement économique équilibré à sur tout le territoire nationale.


Pour la dernière trimeste de cette même fiscal precité de juillet a septembre 2025, environ 80 533 crédits ont été accordés. Tout les personnes physiques représentent plus de 96 % des bénéficiaires, ce sont les entreprises qui ont reçu près de 70 % de la valeur totale des prêts en gourdes et plus de 86 % des crédits en dollars


Pour le dernier trimestre de l’exercice fiscal précité, de juillet à septembre 2025, environ 80 533 crédits ont été octroyés. Si les personnes physiques représentent plus de 96 % des bénéficiaires, ce sont les entreprises qui ont capté près de 70 % de la valeur totale des prêts en gourdes et plus de 86 % des crédits en dollars américains. En revanche, les hommes demeurent les principaux bénéficiaires, avec plus de 63 % des crédits en monnaie nationale et 75 % en devises étrangères, confirmant une tendance persistante tout au long de l’exercice fiscal. Les chiffres publiés par la BRH pour l’exercice 2024-2025 dressent ainsi le portrait d’un système financier actif, mais profondément inégalitaire. L’accès au crédit reste largement conditionné par le genre, le statut juridique des emprunteurs et leur localisation géographique.

Alors qu’Haïti fait face à une crise sécuritaire, économique et sociale sans précédent, ces données soulèvent une question fondamentale : le crédit bancaire en Haïti finance-t-il réellement le développement ou perpétue-t-il les déséquilibres existants ? Pour de nombreux économistes, une réforme plus inclusive du système de financement s’impose aujourd’hui comme une urgence. Cette réalité freine non seulement l’autonomisation économique des femmes, mais limite également le potentiel de croissance inclusive du pays.


Arnold Junior Pierre

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