Un an après son entrée en fonction, le ministre de la Santé publique, Dr Bertrand Sinal, a présenté le jeudi 29 janvier 2026, lors d’une conférence de presse, un bilan contrasté d’un secteur pris entre insécurité persistante, contraintes budgétaires et urgences sanitaires. Au cœur des échanges, la relocalisation toujours inachevée de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, un chantier stratégique pour le rétablissement des principaux services hospitaliers dans la capitale.
Selon le ministre, près de 15 millions de gourdes sont mobilisés pour la location et l’aménagement des locaux devant accueillir provisoirement l’Hôpital général, une opération rendue complexe par l’insécurité et la rareté des espaces adaptés. Dr Sinal a précisé que le loyer mensuel oscille entre 100 000 et 200 000 gourdes et que le retour dans les bâtiments définitifs pourrait prendre entre 18 et 24 mois. En attendant, quatre services essentiels doivent être rétablis en priorité : la pédiatrie, la chirurgie, la gynéco-obstétrique et la médecine interne. « Dès que le chèque sera remis au propriétaire, nous pourrons entrer dans les locaux et commencer à installer les équipements pour offrir les services », a assuré le ministre, soulignant la volonté du MSPP de remettre progressivement l’Hôpital général au service de la population malgré les lourdes contraintes du contexte actuel.
Lorsque Dr Bertrand Sinal a pris la tête du ministère de la Santé publique, le système était déjà profondément fragilisé. Dans de nombreuses régions, des centres de santé avaient fermé leurs portes sous la pression des gangs armés. Des hôpitaux étaient devenus inaccessibles, tandis que des centaines de médecins, infirmières et techniciens quittaient le pays ou partaient à la retraite sans être remplacés.
C’est dans cette situation que le ministre affirme avoir engagé une série de réformes, avec l’appui du Conseil présidentiel de transition et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. L’objectif, selon lui, était clair : empêcher l’effondrement du système et recréer, pas à pas, une capacité minimale de réponse sanitaire à l’échelle nationale.
Au cœur de cette stratégie, la question des ressources humaines a occupé une place centrale. En un an, plus de 1 700 nominations ont déjà été rendues effectives, sur près de 2 650 prévues. Derrière ces chiffres se trouvent des infirmières, des médecins, des pharmaciens, des sages-femmes et des techniciens qui ont rejoint ou réintégré les structures publiques. Parmi eux, 70 infirmières lauréates des examens d’État 2023–2024, dont les dossiers étaient bloqués depuis des mois, ainsi que 233 autres recrutées à l’issue d’un concours national. À cela s’ajoutent 120 professionnels de santé toutes catégories confondues et 121 cadres affectés aux directions centrales du ministère.
Dans les zones les plus difficiles d’accès, notamment celles sous forte pression sécuritaire, des contrats spéciaux et des lettres d’affectation ont été délivrés afin de maintenir une présence médicale minimale. « On ne peut pas parler de droit à la santé si les soignants ne sont pas là », a martelé le ministre, rappelant que sans personnel, même les hôpitaux les mieux équipés restent des coquilles vides.
Mais recruter ne suffit pas. Encore faut-il que les structures disposent de médicaments et de matériel. Entre janvier 2025 et janvier 2026, neuf conteneurs de 40 pieds remplis d’intrants médicaux ont été distribués dans les dix départements du pays. Cette opération, menée malgré les contraintes logistiques et sécuritaires, visait à réduire le coût des soins, notamment pour les populations les plus vulnérables. Fait notable : près de 98 % de ces fournitures ont été financées directement par le Trésor public, un signal fort dans un pays largement dépendant de l’aide internationale.
Les données recueillies sur la période montrent d’ailleurs une évolution encourageante. Dans plusieurs villes, notamment Jérémie, Fort-Liberté et Gonaïves, la fréquentation des services de santé est en hausse. Plus encore, le nombre d’accouchements réalisés en milieu hospitalier, y compris dans des zones frontalières souvent négligées, a connu une augmentation marquée. Pour de nombreuses femmes, cela signifie un accès plus sûr aux soins obstétricaux, donc moins de risques pour leur vie et celle de leurs bébés.
Sur le terrain des infrastructures, plus de trente projets de construction, de réhabilitation ou de réouverture sont en cours ou déjà achevés. Des centres de santé ont rouvert dans les Nippes, le Nord, le Nord-Est, l’Artibonite, le Sud, la Grand’Anse, le Sud-Est et l’Ouest. À Miragoâne, un incinérateur est en cours d’implantation. À Fort-Liberté, un nouveau bâtiment pour le centre de diagnostic a été construit. À Terrier-Rouge, l’hôpital Saint-Pierre a été inauguré avec le soutien de Taïwan. Dans le Sud et le Sud-Est, plusieurs centres ont été équipés de systèmes solaires afin de garantir une alimentation électrique continue, indispensable pour les services de maternité et de pédiatrie.
À Port-au-Prince, malgré l’insécurité persistante, des structures emblématiques comme Solino, Bel-Air, La Saline, Bethanie, Isaïe Jeanty, CHOSCAL et CHAPI ont été progressivement remises en service. Sur l’île de la Gonâve, un poste de transfusion sanguine a été inauguré, tandis que huit centres de santé sont en cours de réhabilitation.
Parallèlement, le ministère a dû faire face à l’urgence humanitaire provoquée par les déplacements massifs de population. Des cliniques mobiles, des campagnes de fumigation et de dératisation ont été organisées dans les camps de déplacés, et des hôpitaux publics ont pris en charge gratuitement des milliers de patients issus de ces sites.
Malgré la suspension de certains financements internationaux, le ministère assure que les traitements antirétroviraux contre le VIH n’ont jamais été en rupture sur le territoire. Un projet de décret visant à créer un Fonds national VIH/SIDA est également en attente d’adoption, afin de sécuriser durablement ces traitements.
Sur le plan diplomatique, Haïti a aussi renforcé sa position avec son élection au Conseil exécutif de l’Organisation mondiale de la Santé, un symbole fort dans un contexte de crise prolongée.
Pour Dr Bertrand Sinal, le message est clair : « La santé est un droit fondamental. Même dans la tourmente, l’État a le devoir de le garantir. » Il reconnaît que l’année a été rude, mais estime que les bases d’une reconstruction sont désormais posées. Dans un pays où chaque progrès compte, ces efforts, aussi fragiles soient-ils, offrent une lueur d’espoir à des millions d’Haïtiens en quête de soins et de dignité.
Arnold Junior Pierre
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