PubGazetteHaiti202005

Crise multidimensionnelle en Haïti : le GIRES entre en scène en faisant appel à l’unité et au dialogue face à l’échec des transitions politiques

@Tamarre Pierre

Haïti est plongé dans une instabilité politique chronique depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, de nouvelles voix continuent d’émerger pour tenter de rompre avec l’impasse politique. Ce mercredi 7 janvier 2026, le Groupe d’initiatives et de réflexions sociales (GIRES) a été officiellement lancé. À travers cette plateforme, ses initiateurs entendent replacer le dialogue, le consensus et la responsabilité collective au cœur du débat national, dans un contexte marqué par une crise sécuritaire, sociale et institutionnelle d’une rare intensité.


Réunis à l’occasion de cette cérémonie de lancement, membres de la société civile, anciens parlementaires, intellectuels et citoyens engagés ont répondu présents à l’appel du GIRES. Dès l’ouverture, le maître de cérémonie a planté le décor : le GIRES se veut un espace dynamique, composé d’hommes et de femmes issus de divers horizons professionnels, tous animés par une même volonté, réfléchir ensemble aux grands enjeux socio-politiques du pays et proposer des pistes de solutions crédibles.

Dans son intervention, le président du GIRES, Frantz Exantus n’a pas cherché à édulcorer la réalité. Il a dressé un tableau sans complaisance de la situation nationale, rappelant que depuis plus de trois ans, Haïti n’a jamais retrouvé le chemin de la stabilité. « Nous vivons une crise profonde à tous les niveaux : politique, social, économique et sécuritaire », a-t-il souligné, évoquant l’échec manifeste des 2 dernières transitions à répondre aux attentes fondamentales des Haïtiens.

Selon lui, la crise sécuritaire actuelle ne peut être résolue sans s’attaquer à ses causes structurelles : la défaillance de l’État, l’absence d’un véritable plan national de sécurité et la perte de contrôle des institutions régaliennes.

Mais au-delà du constat, le président du GIRES a tenu à insuffler un message d’espoir. Il a expliqué que la création de son mouvement repose sur une conviction forte : Haïti ne pourra se relever que par le dialogue, la concertation et la reconnaissance mutuelle des erreurs du passé. « Il ne s’agit pas d’imposer une vérité unique, mais de se parler, de s’écouter et de construire ensemble », a-t-il insisté.

En revanche, cette vision a été reprise par plusieurs intervenants, dont le représentant du Forum des anciens parlementaires, l’ancien député Jean Marcel Lumerant. Ce dernier a salué l’initiative du GIRES, la qualifiant de courageuse et nécessaire dans le contexte actuel. Il a rappelé qu’en cinq ans, le pays a connu plusieurs transitions et gouvernements successifs, sans résultats tangibles pour la population. « Personne ne peut honnêtement dire que ces expériences ont été positives », a-t-il déclaré, relevant l’incapacité chronique du système politique haïtien à produire des solutions durables.

À un mois de l’échéance du 7 février 2026, date symbolique dans l’histoire politique haïtienne, les inquiétudes demeurent. Pour Jean Marcel Lumerant, cette date pourrait néanmoins marquer un réveil collectif. Il a appelé à une meilleure compréhension des dynamiques internationales qui influencent la scène politique haïtienne. Il rappelle que les intérêts étrangers jouent un rôle non négligeable dans la prolongation de l’instabilité.

Sur le plan institutionnel, le GIRES défend clairement l’idée d’un nouvel exécutif bicéphale, composé d’un président et d’un Premier ministre, choisis sur la base d’un large consensus national. Cette formule, selon l’ex journaliste Frantz Exantus, permettrait de sortir des logiques de décisions unilatérales et des manœuvres politiques démagogiques qui ont trop souvent fragilisé les transitions précédentes.

Le GIRES insiste également sur la nécessité d’un agenda clair, axé sur la reconstruction de la sécurité nationale, la relance du processus constitutionnel, l’organisation d’élections crédibles et le rétablissement d’institutions légitimes. Autant de conditions jugées indispensables pour remettre le pays sur les rails de la stabilité et du développement.

Interrogé sur d’éventuelles ambitions électorales futures, le GIRES se veut prudent mais transparent. Pour ses dirigeants, la participation politique n’est pas une faute, mais un droit. Si le groupe devait s’engager électoralement, ce serait, affirment-ils, dans une logique de transformation de l’État et de refondation de la société, et non dans une quête opportuniste du pouvoir.

Le lancement du GIRES apparaît comme une tentative de plus pour briser le cycle des échecs politiques qui gangrènent Haïti depuis des années. Porté par un discours axé sur l’unité, la responsabilité collective et le courage du dialogue, le groupe espère contribuer à redonner sens à l’engagement citoyen. Comme l’a résumé Frantz Exantus : « C’est ensemble que nous reconstruirons Haïti, dans l’esprit du konbit et de la solidarité nationale. »


Arnold Junior Pierre

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