Après les promesses de deux conseillers présidentiels de débloquer au moins un axe routier, c’est au tour du secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, de tenter de rassurer une population éprouvée par l’insécurité, à l’approche de l’échéance du 7 février 2026 marquant la fin mission du Conseil présidentiel de transition (CPT). Invité à l’émission Magik 9, mercredi 7 janvier 2026, l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) a annoncé la réouverture prochaine des axes reliant le Nord et le Sud du pays, affirmant avec assurance que « Port-au-Prince ne tombera pas ». Une déclaration forte, mais accueillie avec prudence, dans un climat de méfiance croissante où les annonces sécuritaires se multiplient sans amélioration tangible pour les citoyens.
Au cours de cette intervention, Mario Andrésol a dressé un état des lieux des opérations sécuritaires en cours contre les gangs armés. Il a mis en avant les efforts déployés par la Police nationale d’Haïti (PNH), tout en soulignant les lourdes contraintes budgétaires, matérielles et logistiques qui freinent l’efficacité des forces de l’ordre. Selon le secrétaire d’État à la Sécurité publique, la lutte contre les groupes criminels s’inscrit dans un processus complexe qui exige du temps, une meilleure coordination interinstitutionnelle et des ressources que l’État haïtien peine encore à mobiliser pleinement.
Cependant, ces déclarations s’inscrivent dans une longue série d’annonces similaires. En réalité, Mario Andrésol n’est pas le premier haut responsable à promettre le déblocage imminent des routes nationales aujourd’hui sous contrôle de gangs armés. Avant lui, plusieurs figures de l’exécutif ont multiplié les discours rassurants, nourrissant l’espoir d’un retour progressif à la libre circulation sur l’ensemble du territoire national.
Cette succession d’annonces non suivies d’actions concrètes contribue à fragiliser la crédibilité des dirigeants et, plus largement, celle des institutions étatiques. Dans les quartiers populaires de Port-au-Prince comme dans plusieurs villes de province, le constat demeure inchangé : les routes nationales restent dangereuses, voire impraticables, les transports interurbains sont paralysés et les échanges économiques continuent de pâtir d’une insécurité chronique.
Pour les commerçants, les transporteurs et les familles contraintes de voyager, chaque promesse non tenue renforce un profond sentiment d’abandon. Voyager d’un département à un autre relève désormais du parcours du combattant, exposant les citoyens à des risques permanents.
À l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, la question sécuritaire s’impose ainsi comme l’un des principaux marqueurs de l’échec de la transition. Le rétablissement de la libre circulation entre le Nord et le Sud du pays est devenu un symbole fort : celui de la capacité ou de l’incapacité de l’État haïtien à reprendre le contrôle de son territoire.
Il convient de rappeler que la situation sécuritaire s’est considérablement aggravée à partir du 1er juin 2021, lorsque l’entrée sud de la capitale a été bloquée, plongeant les habitants de Martissant et des zones avoisinantes dans une situation humanitaire et sociale extrêmement précaire. Depuis lors, cette fracture territoriale n’a cessé de s’élargir, accentuant l’isolement de la capitale et la vulnérabilité de milliers d’Haïtiens.
Arnold Junior Pierre
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