PubGazetteHaiti202005

À Port-au-Prince, une marche inédite rassemble Églises et Vodou autour d’un même cri : la paix pour Haïti

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Vêtus de blanc, drapeau haïtien à la main, des milliers de citoyens ont envahi les rues de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, ce samedi 3 janvier 2025, pour participer à une vaste marche pacifique en faveur de la paix, de l’unité et de la solidarité nationale. L’initiative, portée par plusieurs figures religieuses influentes, a rassemblé des fidèles venus d’horizons spirituels, sociaux et géographiques différents, dans un pays profondément meurtri par l’insécurité, la crise économique et l’instabilité politique.

 

La zone de Karade, point de départ de la mobilisation, a vu affluer une foule impressionnante. Des manifestants venus de différentes régions du pays ont répondu à l’appel lancé conjointement par les pasteurs Marco, André Muscadin et Forges et le prophète Mackenson Dorilas. Ensemble, ils ont voulu envoyer un message fort : malgré leurs divergences passées, l’urgence nationale impose aujourd’hui le dépassement des clivages.

La marche a ensuite progressé en direction de Delmas, avant de s’achever devant l’ancien cimetière de Pétion-Ville. Tout au long du parcours, l’atmosphère est restée calme, presque recueillie. Aucun slogan violent, aucun geste de confrontation. Seulement des prières, des chants et des appels répétés à la paix, scandés par une population lassée de vivre dans la peur et l’incertitude.

Cette mobilisation est surtout marquée par son caractère inédit. Pour la première fois depuis longtemps, des leaders issus de traditions religieuses différentes ont marché côte à côte. Aux côtés des pasteurs évangéliques, des prêtres vodou étaient également présents, affirmant publiquement leur volonté de contribuer à l’effort collectif pour sauver le pays. Une image forte, dans une société souvent fragmentée par les appartenances religieuses.

« Même si nous ne prions pas de la même manière pour Haïti, nous pouvons mettre nos forces ensemble pour le bien du pays », a déclaré le prophète Mackenson Dorilas, s’adressant à la foule. Un message accueilli par de longs applaudissements, tant il résonne avec le désir profond de réconciliation exprimé par de nombreux citoyens.

Dans le même esprit, Augustin Saint-Clou, connu comme le “roi du Vodou”, a lancé un appel sans équivoque à l’unité nationale. « Nous devons faire un seul corps pour sauver Haïti », a-t-il affirmé, rappelant que l’histoire du pays est marquée par la capacité de ses fils et filles à s’unir face à l’adversité.

Pour les organisateurs, cette marche ne se voulait ni politique ni partisane. Elle visait avant tout à interpeller les consciences, à réveiller un sens collectif du devoir, dans un pays enlisé depuis trop longtemps dans une spirale de violences armées, de crises institutionnelles et de désespoir social. « La paix que nous demandons ne viendra pas seulement des autorités, elle doit aussi naître dans le cœur des Haïtiens », a insisté le pasteur Marco.

Toutefois, la forte mobilisation populaire n’a pas échappé à certaines tentatives de récupération. Des acteurs politiques, parmi lesquels Jeantel Joseph et des membres de son entourage, ainsi que l’artiste Atros Rockfam accompagné d’un char musical, ont cherché à s’inviter dans la marche. Une initiative rapidement désapprouvée par les organisateurs.

À la demande expresse des pasteurs et du prophète Mackenson, la Police nationale d’Haïti (PNH) est intervenue pour écarter les acteurs politiques et maintenir le caractère strictement citoyen et spirituel de la mobilisation. Une décision saluée par de nombreux participants, soucieux de préserver la neutralité et la crédibilité du message porté.

Pour plusieurs marcheurs, cette journée restera gravée comme un moment rare d’espoir partagé. « Cela fait longtemps que je n’avais pas vu autant de personnes marcher ensemble sans violence », confie une participante venue de Delmas, émue par l’ambiance pacifique qui a régné tout au long du parcours.

Au-delà de la symbolique, cette marche pose néanmoins une question fondamentale : cet élan d’unité pourra-t-il se traduire en actions durables ? Dans un pays où les initiatives citoyennes se heurtent souvent à la dure réalité politique et sécuritaire, beaucoup espèrent que ce sursaut collectif ne restera pas sans lendemain.

En rassemblant d’anciens adversaires autour d’un même objectif, les pasteurs Marco, Muscadin, Forges et le prophète Mackenson ont voulu démontrer qu’Haïti peut encore produire des moments de convergence. Des moments où la foi, sous toutes ses formes, devient un langage commun pour réclamer la paix.

En définitive, la marche du 3 janvier 2026 aura offert bien plus qu’une démonstration de force populaire. Elle aura rappelé que, malgré les blessures profondes, la société haïtienne conserve une capacité de mobilisation et de résilience. Une lueur fragile, certes, mais essentielle, dans un pays en quête urgente de repères et d’espérance.

 

 

 


Par Arnold Junior Pierre

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