En conférence de presse à Port-au-Prince, ce samedi 17 janvier 2026, le leader du Secteur démocratique et populaire, André Michel a exigé le départ du Conseil présidentiel de transition (CPT), qu’il accuse d’avoir enfoncé le pays dans une crise encore plus profonde. Il a été préalablement invité par la structure politique Vwa Lwès dirigé par l’ancien CASEC Dory Azolen.
Il s’agissait de sa toute première conférence de presse sur le terrain depuis qu’il avait endossé ouvertement le rôle de partisan et d’allié de l’ex Premier ministre Ariel Henry. Depuis cette prise de position, André Michel est la cible de menaces de mort et de tentatives d’agression presque partout où il passe.
À Cool Corner, où se tenait la conférence de presse à l'invitation de l’organisation Vwa Lwès la, en présence du directeur général de la loterie de l’Etat haitien Luc Ouanche et l'ex directeur de la compagnie de transport Dignité Jean Pierre Richard Félicin, partisans et sympathisants d’André Michel ne cessaient de scander le nom de l’avocat, ponctuant l’événement de slogans à sa gloire. Chemise noire, manches retroussées, col déboutonné, l’homme n’a pas refusé les accolades et les poignées de main de ses militants, visiblement contents de le revoir. Dans une posture assumée de proximité populaire, il s’est même livré à des vantardises. « Aujourd’hui, il est clair que je suis le fils de ce peuple. Personne ne me retirera sous les ailes de ce peuple », s’est-il vanté.
Il y a quelques mois, précisément le jeudi 20 mars 2025, à la frontière nord haïtiano-dominicaine, Me André Michel avait été verbalement agressé par des ressortissants haïtiens à proximité de Dajabón. Des vidéos, largement relayées sur les réseaux sociaux, avaient montré la colère manifeste de ces compatriotes. L’intervention des militaires dominicains avait évite l’aggravation de la situation. Plus tard, sur le réseau social X, l’avocat avait tenté d’en minimiser la portée.
« Si le peuple n’était pas intelligent, il se serait séparé de moi. S’il ne l’était pas, il m’aurait haï », estime André Michel, convaincu que ceux qui cherchent à l’opposer au peuple ont exercé le pouvoir pendant près de 21 mois sans jamais apporter de solutions durables. À ses yeux, « la situation s’est aggravée ».
Après près de 21 mois d’exercice du pouvoir, le Conseil présidentiel de transition n’a pas su atteindre les objectifs initialement annoncés, notamment le rétablissement de la sécurité, la tenue du référendum constitutionnel et l’organisation d’élections générales. « Les gangs ont tué plus de personnes sous le Conseil présidentiel de transition. Ils ont accaparé davantage de territoires. Avant le CPT, on comptait environ 450 000 déplacés internes ; aujourd’hui, ils sont plus de 1,5 million », a martelé André Michel.
Appel à un accord politique
André Michel, l’une des figures centrales de l’accord du 21 décembre, dont les signataires ont désigné un représentant au sein du Conseil Présidentiel de Transition en la personne de Louis Gérald Gilles, ne jure que par la conclusion d’un nouvel accord politique pour espérer un dénouement à la crise qui risque de s’aggraver après le 7 février.
« Nous avons besoin d’un accord politique. Les quartiers populaires doivent y être représentés. Les femmes et les jeunes doivent en être des parties prenantes. Il faut que tout le pays soit intégré », a-t-il exigé avec insistance.
La conclusion d’un accord politique est pour l’instant difficile. Les propositions de crise fusent et les structures politiques pullulent. Maintien du CPT dans son ensemble, maintien du CPT avec un effectif réduit, maintien d’un seul membre du CPT avec le Premier ministre Alix Dider Fils-Aimé, exécutif monocéphal, exécutif bicéphal avec un nouveau Premier ministre, un premier ministre avec un membre de la cour de cassation, sont autant de propositions qui sont sur la table. D’un autre côté, le CPT veut initier des négociations lui aussi.
André Michel laisse ainsi entrevoir le lancement d’un véritable marathon politique. Il promet de tenir prochainement d’autres conférences de presse, notamment à Carrefour de l’Aéroport, dans le département de l’Artibonite, où les gangs continuent de semer la terreur, ainsi que dans plusieurs autres régions du pays. Il s’est toutefois gardé de préciser les dates et les stratégies qui lui permettraient de contourner les obstacles sécuritaires susceptibles de compromettre ce projet.
Tension à sa sortie
S’il s’est présenté comme le « fils du peuple », André Michel n’a néanmoins pas pu quitter les lieux de la conférence de presse avec sérénité. Ses agents de sécurité ont dû l’encercler étroitement pour le conduire jusqu’à son véhicule. À quelques mètres de lui, des militants en sont venus aux mains. Dans les rues, certains militants se sont même affrontés comme en témoignent plusieurs vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux.
Par: Daniel Jean
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