Le processus de dialogue national, annoncé à grand renfort de communication ces derniers jours, vient de connaître un premier revers majeur. Dans une note de clarification rendue publique le mercredi 13 janvier 2026, Monseigneur Pierre André Dumas a annoncé son retrait de toute implication directe dans la médiation politique évoquée par certains acteurs. Une décision qui intervient dans un climat de controverse, de contestations ouvertes et de profondes divisions autour de son nom.
Depuis plusieurs jours, la possible désignation de l’évêque d’Anse-à-Veau et de Miragoâne comme médiateur national avait suscité de vives réactions. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), avaient exprimé leur opposition, évoquant des doutes sur son impartialité. En cause notamment : sa proximité supposée avec des structures de la société civile, dont certaines sont représentées au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Dans sa note, Mgr Dumas a tenu à clarifier les circonstances ayant entouré la circulation de son nom. Il affirme ne s’être jamais proposé de lui-même pour assumer un rôle de médiateur. Selon ses explications, les démarches évoquant sa participation seraient nées de sollicitations externes émanant de partis politiques, d’organisations de la société civile, d’institutions nationales ainsi que d’acteurs internationaux. À ces sollicitations, dit-il, il a répondu avec écoute et respect, sans jamais revendiquer un mandat officiel.
Le prélat insiste sur un point fondamental : son engagement s’inscrivait exclusivement dans une démarche pastorale. « Mon intention n’a jamais été d’élaborer une solution politique », écrit-il, soulignant que son rôle se limitait à celui d’un pasteur soucieux de favoriser le dialogue et d’apaiser les tensions. Il précise également n’avoir jamais agi au nom de la Conférence épiscopale d’Haïti, ni en tant que représentant d’une quelconque organisation politique.
Au cœur de son message, Mgr Dumas invoque un principe cher à l’Église catholique : la « culture de la rencontre ». Pour lui, dialoguer ne signifie ni gouverner ni imposer, mais créer des espaces où la parole peut remplacer la violence. « Le médiateur peut ouvrir la porte, mais ce sont les fils et filles d’Haïti qui doivent la franchir ensemble », écrit-il, rappelant que la responsabilité ultime du redressement national incombe aux Haïtiens eux-mêmes.
Cependant, l’annonce de médiation du Mr Dumas n’a pas fait l’unanimité. Le prélat déplore la circulation « d’informations inexactes, d’interprétations erronées et de récupérations diverses », ayant contribué à semer la confusion dans l’opinion publique. Après consultation et discernement, affirme-t-il, il a jugé préférable de se retirer afin de ne pas devenir un facteur de division supplémentaire dans un contexte déjà fragile.
Ce retrait, précise-t-il, ne doit pas être interprété comme un désengagement vis-à-vis Haïti. Bien au contraire, Mgr Dumas réaffirme sa foi en Haïti et en la capacité de ses citoyens à trouver une solution nationale à la crise. Il se dit convaincu que des femmes et des hommes compétents, des institutions crédibles et des organisations responsables peuvent porter un véritable processus de médiation, à condition de dépasser les intérêts particuliers.
Sur le plan institutionnel, la médiation attribuée à Mgr Dumas semblait d’ailleurs reposer sur des bases fragiles. Une source proche du Conseil présidentiel de transition, contactée par la presse, indique que cette initiative relèverait davantage d’une démarche personnelle du président du CPT, Laurent Saint-Cyr, et qu’aucun mandat formel n’avait été confié au prélat par le conseil. Un flou institutionnel qui n’a fait qu’alimenter les critiques et les suspicions.
Dans un passage particulièrement personnel de sa note, Mgr Dumas évoque son propre parcours marqué par la souffrance, rappelant qu’il porte encore dans sa chair les traces du feu. Une métaphore forte pour illustrer, selon lui, les blessures profondes d’Haïti, meurtrie par les divisions internes, la violence et les atteintes répétées à sa dignité et à sa souveraineté. Mais à l’image de sa propre résilience, il affirme croire fermement à la capacité du pays à se relever.
« Ce retrait ne signifie ni indifférence, ni abandon », insiste-t-il, promettant de rester disponible par la prière, l’interpellation des consciences et le soutien à toute initiative sincère en faveur de la paix et de la reconstruction nationale. Son message se veut avant tout un appel à la responsabilité collective, à la réconciliation et à l’espérance.
En se retirant, Mgr Pierre André Dumas a voulu, selon ses propres mots, préserver la paix et éviter toute confusion supplémentaire. Reste désormais à savoir qui, et selon quelles modalités, pourra porter un dialogue crédible, inclusif et véritablement haïtien, à la hauteur des attentes d’un peuple épuisé mais toujours en quête d’un avenir meilleur.
Arnold Junior Pierre
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