L’arrestation de l’homme d’affaires haïtien Pierre Réginald Boulos par les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) continue de susciter de vives réactions. Invité le mercredi 23 juillet 2025 à l’émission « Le Rendez-vous » sur Gazette Haïti, Pierre Antoine Louis, ancien officier politique à l’ambassade des États-Unis en Haïti et aujourd’hui juriste inscrit au Barreau de New York, a livré une analyse tranchée sur ce dossier qui fait la une de l’actualité en Haïti et dans la diaspora haïtienne.
« Les États-Unis contrôlent tout ce qui sort d’Haïti. S’ils voulaient vraiment aider, ils auraient pu stopper l’entrée des armes dans le pays. L’administration Trump n’a rien fait pour cela », a déclaré l’ancien diplomate, estimant que la politique américaine vis-à-vis d’Haïti est loin d’être neutre.
Selon Pierre Antoine Louis, l’arrestation de Pierre Réginald Boulos n’est pas un simple acte administratif mais une décision hautement politique. « Les dirigeants américains ont choisi le Dr Boulos comme un symbole pour envoyer un message », a-t-il affirmé, précisant que d’autres personnalités influentes pourraient suivre.
« Ce qui arrive aujourd’hui au Dr Boulos, c’est juste la pointe de l’iceberg. Si les Américains veulent régler leurs problèmes sur le dos d’Haïti, ils vont continuer à sanctionner hommes d’affaires, politiciens influents et anciens présidents. Le danger, c’est que cela risque de fragiliser encore plus l’économie haïtienne », a poursuivi M. Louis.
Pour l’ancien diplomate, les sanctions infligées à des acteurs économiques clés du pays pourraient avoir un effet dévastateur: « On a déjà sanctionné le président du conseil d’administration de la plus grande banque du pays, et maintenant c’est le tour de Boulos. Demain, qui sera le suivant ? »
Dans un communiqué publié le lundi 21 juillet, ICE a expliqué la décision des autorités américaines : « Le Département d’État a déterminé que la présence ou les activités de M. Boulos sur le sol américain pourraient entraîner de graves conséquences négatives pour la politique étrangère des États-Unis. »
Le document ajoute que l’homme d’affaires « s’est engagé dans une campagne de violences et de soutien aux gangs ayant contribué à l’instabilité en Haïti ».
Selon Pierre Antoine Louis, l’issue du dossier ne fait guère de doute : « Il sera déporté, c’est sûr. Le juge ne prendra pas le risque d’aller à l’encontre de la décision du Département d’État. »
Selon une source, avant d’être interpellé, Boulos avait été notifié de la révocation de sa résidence et devait quitter le pays. Il avait même prévu de partir le 16 juillet mais a changé d’avis. Quand les agents ont vu qu’il ne s’était pas présenté à l’aéroport, ils sont allés le chercher chez lui.
Le patron de Delimart a été arrêté depuis une semaine et « transféré dans une prison fédérale ». Il doit comparaître devant un juge le 31 juillet prochain, qui décidera officiellement de son sort.
Pour Pierre Antoine Louis, ces sanctions ne servent à rien. L’ex conseiller des présidents Michel Martelly et Jovenel Moïse se montre très critique sur la stratégie américaine : « Ces sanctions ne sont pas utiles à Haïti . Si les Américains voulaient vraiment aider Haïti, ils auraient mieux encadré les forces de sécurité haïtiennes. »
Toujours selon le professeur, la politique actuelle des États-Unis risque d’aggraver l'économie Haïtienne : « Nous avons détruit notre pays. Et maintenant, les sanctions américaines vont fragiliser toute l’économie haïtienne. » L’ancien diplomate conclut en appelant les Haïtiens à un sursaut patriotique : « Nous devons aimer notre pays et tirer les leçons de ce qui se passe. Les États-Unis ont décidé d’imposer leur volonté à Haïti sur tous les fronts, sauf militaire. »
Par Arnold Junior Pierre
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