In extenso
Discours de La MINISTRE, Dre SANDRA PAULEMON
Ministre de la Planification et de la Coopération Externe de la République d’Haïti
Session annuelle de la Commission de consolidation de la paix
Nations Unies – New York, Juin 2026
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Madame la Vice-Secrétaire générale,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je prends aujourd’hui la parole au nom du Gouvernement de la République d’Haïti, dirigé par le Premier Ministre Alix Didier Fils Aimé, avec gravité, lucidité et espoir.
La gravité d’un pays confronté à une crise profonde.
La lucidité de savoir que la paix ne se décrète pas, mais se construit.
Et l’espoir d’un peuple qui refuse de renoncer à son avenir.
Je voudrais saluer cette session consacrée aux partenariats pour l’innovation et l’inclusion, ainsi que remercier chaleureusement, au nom du Gouvernement haïtien, Son Excellence António Guterres pour sa récente visite en Haïti.
Monsieur le Secrétaire général,
Vous avez vu les visages derrière les statistiques.
Vous avez rencontré des femmes, des enfants, des jeunes et des familles qui vivent quotidiennement les conséquences de la violence.
Et vous avez rappelé au monde une vérité essentielle :
Haïti ne doit pas être oubliée.
Excellences,
Lorsque nous parlons de consolidation de la paix, nous parlons souvent de stratégies et de financements.
Aujourd’hui, permettez-moi de parler d’êtres humains.
Je pense à une jeune fille haïtienne dont le rêve était de devenir infirmière.
La violence a fermé son école.
Sa famille a été déplacée.
Elle a été victime de violences sexuelles utilisées comme arme de terreur.
Pendant longtemps, elle a cru que sa vie était terminée.
Pourtant aujourd’hui, elle se forme, accompagne d’autres survivantes et reconstruit sa vie.
Je pense également à un garçon de treize ans recruté par un gang.
À un âge où il aurait dû apprendre les mathématiques et rêver à son avenir, il portait une arme.
Grâce à un programme de réinsertion, il a quitté la violence.
Aujourd’hui, il apprend un métier et rêve d’ouvrir sa propre entreprise.
Ces deux histoires nous rappellent une vérité fondamentale :
Les femmes ne doivent pas être condamnées à rester des victimes.
Les enfants ne sont pas nés pour devenir des criminels.
Avec des opportunités, ils peuvent redevenir des bâtisseurs de paix.
Voilà pourquoi notre message central est simple :
La sécurité est indispensable.
Mais elle ne suffira pas.
Elle doit être accompagnée par la justice, l’emploi des jeunes, la protection des femmes, le retour progressif de l’État et la restauration de la confiance entre les citoyens et les institutions.
La sécurité peut faire taire les armes.
Mais seule la paix peut faire renaître l’espérance.
La paix, ce n’est pas seulement l’absence de violence.
La paix, c’est une famille qui peut nourrir ses enfants.
La paix, c’est une mère qui retrouve sa dignité.
La paix, c’est aussi un père qui rentre chez lui avec l’espoir de pouvoir nourrir sa famille et qui regarde ses enfants dormir en croyant que demain sera meilleur qu’aujourd’hui.
La paix, c’est un jeune qui trouve un emploi au lieu d’un gang.
La paix, c’est un enfant qui poursuit son éducation et réalise ses rêves.
C’est pourquoi nous sommes convaincus que la réponse à la crise haïtienne doit être globale, humaine et durable.
Elle doit s’appuyer sur une approche intégrée associant l’action humanitaire, la consolidation de la paix et le développement.
Lorsque l’aide humanitaire sauve des vies, que la consolidation de la paix restaure la confiance et que le développement crée des opportunités, alors nous créons les conditions d’une stabilité véritable.
Je tiens à réitérer la reconnaissance du Gouvernement haïtien envers la Commission de consolidation de la paix et le Fonds pour la consolidation de la paix.
Avec plus de 50 millions de dollars américains investis en Haïti, le PBF a renforcé les capacités de l’État, soutenu le DDR-RVC, la mise en œuvre de la résolution 1325 « Femmes, Paix et Sécurité » et la réhabilitation d’infrastructures communautaires.
Nous souhaitons aujourd’hui poursuivre ce partenariat autour de trois priorités : protéger les femmes et les filles, offrir des alternatives aux jeunes et accélérer la stabilisation des communautés.
Excellences,
Je veux être très claire aujourd’hui.
Haïti ne demande pas la charité.
Haïti ne demande pas la compassion.
Haïti ne demande pas la pitié.
Haïti demande la paix.
Parce que la paix est un bien public mondial.
Parce que chaque peuple mérite la paix.
Parce que l’insécurité ne connaît pas de frontières.
Parce que l’espoir, lui non plus, n’en connaît pas.
Je voudrais conclure avec une conviction profonde.
Chaque fille protégée est une victoire pour la paix.
Chaque femme qui retrouve sa dignité est une victoire pour la paix.
Chaque garçon retiré d’un gang est une victoire pour la paix.
Chaque jeune qui trouve un emploi est une victoire pour la paix.
Chaque communauté réconciliée est une victoire pour la paix.
Et chaque fois que nous transformons une histoire de peur en histoire d’espoir, nous faisons avancer l’humanité tout entière.
Pour Haïti.
Pour les générations futures.
Pour une paix qui ne soit pas seulement un idéal, mais une réalité vécue.
Je vous remercie.
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