PubGazetteHaiti202005

Assassinat de Jovenel Moïse : carnet du président, millions de dollars et accords politiques, Pierre Espérance dénonce une enquête incomplète et réclame la vérité

Pierre Espérance dénonce une enquête incomplète et réclame la vérité

Plus de 4 ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, le dossier continue de susciter de nombreuses interrogations en Haïti, notamment à la suite des révélations de Rudy Sanon, animateur du show en ligne « Se sa nou vle  ». Lors d’une conférence de presse tenue le lundi 11 mai 2026 au siège du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), son directeur exécutif, Pierre Espérance, a de nouveau pointé du doigt les failles de l’enquête judiciaire, tout en évoquant plusieurs éléments qu’il juge essentiels pour faire avancer la recherche de la vérité.

Face à des journalistes, Pierre Espérance a d’abord évoqué un document qui, dit-il, circule depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, présenté comme une copie du carnet de notes personnel de Jovenel Moïse. Selon lui, ce document mérite une attention particulière de la justice haïtienne, puisqu’il ferait état de rencontres discrètes organisées entre l’ancien chef de l’État et plusieurs personnalités politiques entre 2019 et 2021.

D’après les informations partagées lors de cette conférence, ces rencontres auraient porté sur des négociations politiques sensibles, notamment autour de postes gouvernementaux et de sièges au Conseil électoral. Le responsable du RNDDH affirme également que ce document contiendrait certaines références financières, dont une somme de 343 000 dollars américains liée à des activités stratégiques autour de l’ancien président.

Sans confirmer l’authenticité absolue du carnet, Pierre Espérance estime toutefois que ces éléments auraient dû pousser les enquêteurs à approfondir certaines pistes depuis longtemps. « Beaucoup d’informations importantes n’ont jamais été vérifiées sérieusement », a-t-il laissé indiqué, dénonçant ce qu’il qualifie de manque de volonté politique dans le traitement du dossier.

Au cours de son intervention, le défenseur des droits humains a aussi rappelé qu’il avait déjà été convoqué à plusieurs reprises par la justice dans le cadre de cette affaire. Il précise qu’il s’agissait de sa quatrième comparution devant un juge d’instruction chargé du dossier de l’assassinat du président.

Malgré les critiques et les campagnes de dénigrement visant le RNDDH, Pierre Espérance soutient que son organisation poursuit son travail de collecte d’informations afin d’accompagner la justice. Selon lui, le climat d’impunité qui règne dans le pays constitue l’un des principaux obstacles à la manifestation de la vérité.

Il a notamment dénoncé certaines pratiques observées dans le système judiciaire haïtien, où des individus arrêtés par la police sont ensuite remis en liberté sans procès ni suivi judiciaire sérieux. Pour le responsable du RNDDH, cette situation fragilise davantage la confiance de la population envers les institutions publiques.


Une grande partie des déclarations de Pierre Espérance a porté sur les aspects financiers entourant l’assassinat du chef de l’État. Le militant des droits humains affirme que plusieurs mouvements d’argent suspects n’ont jamais été analysés en profondeur par les autorités judiciaires haïtiennes.

Il a notamment évoqué une opération qui aurait eu lieu quelques jours avant l’assassinat de Jovenel Moïse. Selon lui, une somme de trois millions de dollars américains aurait été débloquée à la demande du Palais national en faveur de Dimitri Hérard, ancien responsable de la sécurité présidentielle.

Pour Pierre Espérance, ces transactions financières auraient dû faire l’objet d’enquêtes approfondies, notamment sur l’origine des fonds, leur destination ainsi que les institutions bancaires impliquées. Il regrette que les investigations menées jusqu’ici se soient davantage concentrées sur les exécutants présumés plutôt que sur les circuits financiers qui auraient permis l’organisation de l’opération.

Le responsable du RNDDH estime également qu’il existe une importante différence entre l’approche de la justice américaine et celle menée en Haïti. Aux États-Unis, plusieurs individus impliqués dans l’assassinat ont déjà été condamnés, parmi lesquels des anciens militaires colombiens ainsi que des ressortissants haïtiens comme Joseph Vincent et John Joël Joseph.

Toutefois, Pierre Espérance considère que certains acteurs influents en Haïti n’ont jusqu’à présent jamais été réellement inquiétés. Il cite notamment Léon Charles ainsi que Claude Joseph, dont les noms continuent d’alimenter les débats autour du dossier.

Le directeur exécutif du RNDDH a également souligné ce qu’il décrit comme une contradiction importante dans le traitement judiciaire de Martine Moïse. Alors qu’elle est considérée comme témoin dans la procédure menée aux États-Unis, elle fait partie des personnes inculpées dans l’enquête conduite par la justice haïtienne.

En conclusion, Pierre Espérance affirme que plusieurs personnes aujourd’hui inculpées ou citées dans cette affaire entretiennent des liens étroits avec l’ancien pouvoir en place, notamment avec des proches du parti politique PHTK. Il appelle les autorités à garantir la sécurité et l’indépendance du juge d’instruction actuellement chargé du dossier, afin que l’enquête puisse se poursuivre sans pressions politiques ni menaces.

Alors que la population haïtienne continue d’attendre des réponses claires sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, les déclarations du RNDDH viennent rappeler que de nombreuses zones d’ombre persistent encore autour de l’un des crimes politiques les plus marquants de l’histoire récente du pays.


Arnold Junior Pierre

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