Lors de la 22ᵉ édition des Mardis de la Nation, le mardi 19 mars 2025, le secteur motocycliste. Face à une réalité informelle et devenue cruciale pour la mobilité en Haïti, l’Office d’Assurance Véhicules contre Tiers (OAVCT) a lancé le programme « Moto pa m legal ». Ce projet a pour objectif de régulariser l’immatriculation et l’assurance des motos, tout en renforçant la sécurité publique et en augmentant les recettes fiscales de l’État.
Depuis des annees, la moto est devenue le moyen de transport le plus répandu en Haïti, tant dans les grandes villes que dans les zones reculées. Mais cette popularité a entraîné un déséquilibre : près de 70 % des motocyclettes circulent sans immatriculation et sans assurance. Un vide juridique et administratif qui fragilise non seulement la sécurité routière, mais aussi les finances publiques.
Conscient de ce défi, le Directeur Général de l’OAVCT, Pierre Jean Raymond André, a annoncé la mise en œuvre d’un partenariat tripartite avec la Direction Générale des Impôts (DGI) et la Direction Centrale de la Police Routière (DCPR). L’objectif : offrir aux motocyclistes la possibilité d’obtenir l’ensemble des documents légaux exigés par la loi, tout en facilitant leur accès aux services publics.
De plus, le programme porte également une vision stratégique pour l'institution, qui entend redevenir une institution crédible et moderne. Selon M. André, la légalisation massive des motos permettra de rapatrier plus de quatre milliards de gourdes en recettes fiscales, une somme significative dans un contexte de crise budgétaire chronique.
En Haïti où la moto est parfois utilisée comme outil de criminalité, notamment pour les braquages et les crimes de sang, cette régularisation pourrait faciliter le travail de la police et limiter l’emprise des groupes armés sur certaines zones.
Pour toucher la population à grande échelle, l’OAVCT mise sur la proximité. L’institution a déjà installé ses services dans une vingtaine de villes de province et déploie désormais des unités mobiles dans le cadre de son programme « OAVCT lakay ou ». Cette stratégie permet d’aller directement au-devant des motocyclistes, y compris ceux qui vivent dans des localités difficiles d’accès.
« Nous voulons que chaque citoyen, où qu’il se trouve, puisse avoir accès à ses droits et accomplir ses devoirs en toute simplicité », a expliqué le Directeur Général. Il a insisté sur la nécessité d’une gestion responsable. Il a souligné l’importance de réduire les dépenses internes, d’assainir les finances de l’institution et de régler les dettes accumulées.
Toujours selon le DG, seule une gouvernance rigoureuse permettra à l’OAVCT de remplir pleinement sa mission de service public. « Nous avons l’obligation de montrer que l’OAVCT peut être une institution modèle, efficace et transparente », a-t-il affirmé.
Les efforts de modernisation sont déjà visibles. Après plusieurs années de paralysie, l’OAVCT a relancé la production et la distribution de près de 400 000 vignettes et polices d’assurance. Une avancée qui témoigne de la volonté de l’institution de répondre aux besoins de la population, malgré les contraintes économiques et sécuritaires.
Ces documents ne sont pas de simples formalités administratives. Ils représentent une protection pour les conducteurs et les passagers en cas d’accident, mais aussi une source de financement pour l’État. Dans un pays marqué par une mobilité urbaine chaotique, la mise en place de ce dispositif est perçue comme un pas vers un ordre plus structuré.
Au-delà de la fiscalité et de la sécurité, « Moto pa m legal » incarne une volonté plus large : rétablir le lien de confiance entre institution et la population. Si le projet parvient à s’imposer, il pourrait non seulement sécuriser la circulation des deux-roues, mais aussi contribuer à la lutte contre l’insécurité et au redressement économique d’Haiti.
Arnold Junior Pierre
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