À Delmas 83, Zamy Wanderson, élève du Collège Canado-Haïtien, passionné de basketball et figure montante des réseaux sociaux, a été tué d’une balle en plein ventre. Selon les témoins, le tir provenait d’un agent de sécurité du ministère de l'Education nationale, qui dispersait une manifestation d’enseignants stagiaires en colère. Mais la balle perdue a trouvé sa cible : un jeune de 19 ans derrière une moto, qui n’aura pas eu le temps d’atteindre l’hôpital.
Sa famille, ses amis, la Fédération Haïtienne de Basketball pleurent aujourd’hui le départ prématuré de Zamy, un élève, un basketteur, un jeune créateur numérique suivi sur TikTok. En somme, l’un de ces visages qui auraient pu incarner l’avenir d'Haïti. Mais son destin a été brisé, comme tant d’autres, par une balle perdue, dans une situation où le recours à la force mortelle n’avait aucune légitimité.
À travers lui, c’est toute une jeunesse qui se sent visée. Une jeunesse déjà étouffée par l’insécurité, la pauvreté et le manque de perspectives, et qui voit désormais que même l’accès à l’éducation peut devenir un champ de bataille où l’on risque sa vie.
Le lieu du drame n’est pas anodin. Que la mort frappe devant le ministère de l’Éducation nationale, symbole même de savoir, d’ascension et de progrès, constitue une tragédie doublée d’une ironie amère.
Les témoins affirment que l’agent de sécurité a ouvert le feu à hauteur d’homme, utilisant des armes de gros calibre comme des fusils de type 12. Or, aucune situation de manifestation ne justifie de telles pratiques. L’usage disproportionné de la force, répété et banalisé, sème un climat de peur.
Les enseignants stagiaires qui manifestaient devant le MENFP réclamaient simplement l’application d’un protocole signé avec l’École normale supérieure (ENS). Ce texte prévoit leur intégration dans le système éducatif, après l’obtention de leur diplôme. Mais, selon eux, le ministre de l’Éducation, Augustin Antoine, aurait préféré nommer des proches politiques sans formation adéquate.
Face à ce qu’ils considéraient comme une injustice flagrante, les jeunes enseignants avaient choisi la voie de la mobilisation pacifique. La réponse du pouvoir fut brutale. En tentant d’étouffer des revendications légitimes, le ministère a ouvert la porte à une tragédie nationale.
La nouvelle du décès du jeune basketteur Zamy Wanderson a enflammé les réseaux sociaux, où il était connu sous le pseudonyme WZ12. Les témoignages de douleur, de colère et d’indignation se multiplient. La Fédération haïtienne de basketball a exprimé sa tristesse, rappelant qu’il représentait un espoir pour le sport. Ses anciens camarades du Collège Canado-Haïtien pleurent un élève modèle, tandis que de nombreux internautes dénoncent une société qui sacrifie sa jeunesse « à bout portant ».
Mais au-delà de l’émotion numérique, ce drame soulève des questions fondamentales : qui protège réellement les jeunes en Haïti ? Quelle justice est rendue quand une balle « perdue » frappe encore une fois un innocent ? Et surtout, jusqu’à quand l’impunité continuera-t-elle à banaliser la mort des plus vulnérables ?
Repose en paix, Zamy. Ton sourire, ta passion et ton énergie resteront dans nos mémoires comme le symbole d’un pays qui aurait dû protéger ses enfants au lieu de les enterrer.
Arnold Junior Pierre
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