PubGazetteHaiti202005

Agression sexuelle à Rimouski en 2000: Luck Mervil reconnu coupable

La Presse

Luck Mervil a été déclaré coupable d’agression sexuelle, 25 ans après avoir drogué puis violé une femme de 19 ans dans une chambre d’hôtel de Rimouski après un spectacle. Le chanteur déchu avait avancé la thèse d’une erreur sur la personne tout au long de son procès, alléguant qu’il était souvent confondu avec d’autres artistes noirs à l’époque.


« Il n’y a pas de doute raisonnable sur sa culpabilité. Il est clair dans l’esprit du tribunal que la victime a vécu une agression sexuelle ce soir-là », a dit le juge James Rondeau dans sa décision rendue jeudi matin.

Le procès de Luck Mervil, accusé d’agression sexuelle, s’était tenu en février dernier. La victime y avait décrit une soirée de Saint-Jean-Baptiste cauchemardesque et humiliante. Selon son récit, l’artiste, rencontré dans un bar de Rimouski, l’avait droguée puis violée dans une chambre d’hôtel dans la nuit du 23 au 24 juin 2000.

Luck Mervil avait nié en bloc lors de son témoignage. L’accusé estimait que la plaignante avait fait erreur sur la personne. L’ex-chanteur du groupe Rudeluck, entre autres connu pour sa performance dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris, avait même nommé plusieurs exemples de célébrités québécoises noires avec qui il se faisait souvent confondre à l’époque de l’agression.

Droguée à son insu et violée

Le 23 juin 2000, Maude* a 19 ans. Elle rejoint ses amis dans un bar populaire de Rimouski, où la fête bat son plein. Elle tombe sur Luck Mervil et les deux entament une discussion cordiale. L’artiste est à Rimouski puisqu’il a participé à un spectacle pour la fête nationale. La jeune femme reconnaît tout de suite le chanteur, au sommet de sa gloire à l’époque.

Elle dépose sa bière près de Luck Mervil pour aller danser avec ses amis.

Son cauchemar débute sur la piste de danse. Étourdie et nauséeuse, Maude a l’étrange impression de perdre le contact avec la réalité. Quand elle se résigne à aller vomir aux toilettes, elle sent la présence d’une personne inconnue.

Elle quitte le bar et se réveille dans une chambre d’hôtel. Et là, une vision d’horreur : Luck Mervil est par-dessus elle en train de la pénétrer. Il lui explique avec nonchalance qu’ils ont une relation sexuelle depuis une heure. Il fait même un commentaire sur sa pilosité durant l’agression.

Maude n’a pas la force de le repousser ni de réagir à ce commentaire qu’elle décrit dans son témoignage à la cour comme « odieux et dégradant ».

Elle est démunie, incrédule, désespérée. « J’attendais que ça finisse. Je n’avais pas la force de me débattre », avait-elle raconté au procès.

Elle vomit sur le tapis de la chambre. Le chanteur la reconduit en voiture, comme si de rien n’était.

Un récit « imprécis », selon le juge

L’agresseur avait nié avoir rencontré une femme à Rimouski. Il était invraisemblable qu’il se soit trouvé avec la victime dans les toilettes d’un bar, avait-il souligné durant son procès. « Je ne suis pas un rôdeur des toilettes. Déjà ça sent mauvais, des toilettes. Je suis très dédaigneux. »

Son frère Pierre Mervil avait aussi témoigné. Il accompagnait son frère la journée du spectacle de la Saint-Jean-Baptiste. Il avait même expliqué que lui et l’accusé étaient souvent confondus l’un avec l’autre.

Le juge Rondeau a vivement écorché le récit « imprécis à bien des égards » du chanteur déchu. La plupart de ses réponses aux questions étaient des hypothèses et des déductions, a-t-il souligné.

Le juge Rondeau a complètement rejeté la théorie de la défense, selon laquelle la victime avait fait erreur sur la personne.

« Pendant ces années-là, M. Mervil était très connu à cause de Notre-Dame de Paris. Il était partout », avait expliqué Maude durant son témoignage au premier jour du procès en février.
Elle a rappelé qu’à cette époque, il y avait peu de personnes noires à Rimouski.

Luck Mervil était une célébrité bien en vue dans les années 2000 : il sort un album homonyme, joue un rôle dans une comédie musicale ultrapopulaire, se produit partout dans le monde, de Montréal à Londres.

Pas d’erreur sur la personne

Luck Mervil avait expliqué au tribunal qu’il se faisait souvent confondre avec d’autres artistes noirs, comme Anthony Kavanagh ou Gregory Charles.

La victime a reconnu Luck Mervil, a tranché le juge Rondeau. Et le musicien l’a bel et bien violée.

« Elle n’avait pas sa pleine capacité à faire quoi que ce soit. Elle a des trous de mémoire, un black-out total qu’elle relie à la drogue qui a été versée dans sa bière », a-t-il ajouté jeudi.

Elle dénonce son agresseur plus de 20 ans après la nuit fatidique. Des années à souffrir en silence. « J’ai préféré me taire, car j’avais trop honte », avait expliqué la victime dans son témoignage.

En 2018, un reportage impliquant Luck Mervil la replonge dans ses douloureux souvenirs. Il avait alors écopé d’une sentence de six mois pour l’exploitation sexuelle d’une adolescente de 17 ans après avoir plaidé coupable. Il fait de nouveau les manchettes en 2023. « C’est ce qui a ravivé ma volonté de porter plainte. »


Luck Mervil a l’intention de porter le verdict de jeudi matin en appel, a-t-il déclaré sur sa page Facebook. « Pour le moment, nous nous concentrons sur les prochaines étapes juridiques et demandons que l’intimité de notre famille soit respectée. »

La date des observations sur la peine n’a pas été fixée.

Avec La Presse

Category

Politique

Culture

Economie

Sport