PubGazetteHaiti202005

Haïti : Plus de 1 500 morts en 3 mois malgré les opérations de sécurité, rapport BINUH

@BINUH

Entre avril et juin 2025, au moins 1 520 personnes ont été tuées et 609 blessées en Haïti, selon le Bureau intégré des Nations unies (BINUH). Ce bilan tragique illustre l’ampleur d’une violence qui touche majoritairement la zone métropolitaine de Port-au-Prince et s’étend également dans les départements de l’Artibonite et du Centre.

Dans la première partie du rapport, entre  1er avril et le 30 juin 2025, la violence a fait au moins 1 520 morts et 609 blessés, selon le rapport publié vendredi 1er août 2025 par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti. Ces crimes sont liés, écrit le BINUH, aux affrontements entre gangs armés, groupes d’autodéfense, civils non organisés et forces de sécurité. Les hommes représentent 87 % des victimes, contre 11 % pour les femmes et 2 % pour les enfants. 


La zone métropolitaine de Port-au-Prince concentre 77 % des incidents recensés, loin devant l’Artibonite (16 %) et le département du Centre (4 %). Si certains quartiers connaissent une légère accalmie, comme Delmas ou Croix-des-Bouquets, d’autres restent le théâtre d’attaques sanglantes. Dans la commune de Delmas, par exemple, le gang de Simon Pelé a commis une attaque d’une rare barbarie le 8 mai : cinq femmes ont été violées collectivement avant d’être abattues, alors qu’elles revenaient d’une fête. Quelques jours plus tôt, deux agents de L'unité départementale de Maintien de l’Ordre UDMO avaient été tués lors d’une tentative de kidnapping sur la Route de l’Aéroport, rapporte le BINUH.


Toujours selon le Bureau onusien en Haiti, trois dynamiques principales alimentent la spirale de violence en Haïti : les opérations des forces de sécurité, responsables de 64 % des incidents et comprenant parfois des exécutions sommaires impliquant des agents de police et des autorités locales ; les attaques directes des gangs, qui représentent 24 % des violences et se caractérisent souvent par des massacres collectifs et des viols ; et enfin, les groupes d’autodéfense, notamment le mouvement « Bwa Kalé », à l’origine de 12 % des exactions, contribuant ainsi à une confusion et une insécurité généralisées.

Si la capitale reste le centre des violences criminelles, les gangs étendent leur influence bien au-delà. Mirebalais et Saut-d’Eau, dans le département du Centre, sont désormais sous leur contrôle.

Les principaux axes routiers menant à la République dominicaine sont également tombés entre leurs mains, compliquant les déplacements et l’approvisionnement. Dans le département de l’Artibonite, la situation est tout aussi alarmante. Le 30 avril, 57 personnes ont été massacrées à Crête-à-Pierrot, dans la commune de Petite-Rivière, lors d’une attaque attribuée à des gangs armés.

Le rapport souligne une autre crise : les violences sexuelles. Entre avril et juin, au moins 628 femmes et filles ont été violées dans la capitale et l’Artibonite. Ces crimes, souvent commis lors d’attaques collectives, s’ajoutent à l’horreur quotidienne vécue par la population. Dans le rapport, un exemple glaçant : le 15 mai, deux femmes de Simon Pelé ont été enlevées, violées collectivement puis brûlées vives après avoir franchi la « frontière » imposée par un gang.

185 personnes ont été enlevées au cours du deuxième trimestre, dont 63 % dans l’Artibonite et 37 % dans la région métropolitaine. Les victimes, hommes, femmes et parfois enfants, sont retenues pour obtenir des rançons exorbitantes, accentuant la terreur dans les communautés.

Certaines zones ont connu un répit, mais au prix fort. Les gangs des 400 Mawozo et de Canaan, qui contrôlent désormais Tabarre et Croix-des-Bouquets, n’ont plus besoin d’une violence ouverte pour asseoir leur domination : leur gouvernance criminelle est désormais profondément enracinée. Cette « stabilité » est illusoire, car elle repose sur la peur et la soumission des habitants, affirme le BINUH dans son rapport.

Haïti s’enfonce dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent, où la population vit dans la peur constante d’être la prochaine victime. « La violence généralisée et l’impunité détruisent le tissu social et exacerbent la pauvreté », alerte le rapport, qui appelle à une réponse urgente pour protéger les civils et restaurer l’État de droit, a constaté  le BINUH


Arnold Junior Pierre

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