PubGazetteHaiti202005

Haïti-Insecurité : Un an après le déploiement de la MMAS, la crise s’est agravée, selon Human Rights Watch 

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Une année d’attente, une année de souffrance. 25 juin 2025 — Un an jour pour jour après l’arrivée du premier contingent de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Haïti, dirigée par le Kenya, les violences continuent de s’intensifier et la crise humanitaire atteint des niveaux alarmants. Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme et appelle la communauté internationale à intervenir d’urgence pour protéger les populations en danger.

Les espoirs suscités par l’arrivée de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Haïti il y a un an semblent aujourd’hui perdus. Selon Human Rights Watch (HRW), malgré le déploiement de cette force autorisée par les Nations Unies, les violences n’ont cessé d’augmenter, plongeant la population haïtienne dans un cauchemar quotidien.

D’après les dernières données de l’ONU, au moins 2 680 personnes ont été tuées et 957 blessées depuis le début de l’année. La situation est particulièrement dramatique pour les enfants : le rapport du Secrétaire général António Guterres fait état d’une explosion des violations graves contre les mineurs, passant de 383 incidents en 2023 à plus de 2 269 cas en 2024. Ces enfants sont de plus en plus recrutés par des groupes armés et exposés à des violences sexuelles systématiques.

Au cœur de cette tragédie, les déplacements massifs de population atteignent des chiffres jamais enregistrés dans le pays. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recense aujourd’hui 1,3 million de déplacés internes. « Chaque jour, des centaines d’Haïtiens fuient leur maison, souvent avec rien d’autre que les vêtements qu’ils portent. Mais où qu'ils aillent, la faim, la peur et l'insécurité les poursuivent », déplore Nathalye Cotrino, chercheuse senior à Human Rights Watch.

Sur le terrain, le désespoir se lit dans les témoignages poignants des survivants. Un jeune étudiant en génie civil, réfugié au Cap-Haïtien après avoir fui Port-au-Prince, a raconté à HRW : « Je vivais bien dans mon quartier. Un jour, les bandits sont venus, ils ont tiré sur mon petit frère. On l’a perdu sur le coup. Dans mon quartier, il ne reste plus personne, juste les bandits. »

Des familles entières sont contraintes de fuir à plusieurs reprises. Selon l’OIM, plus de 245 000 personnes ont dû abandonner leurs foyers rien qu’au cours des derniers mois. Une mère de famille, déplacée de Cabaret à Mirebalais, puis à Hinche et enfin à Cap-Haïtien, a confié à HRW avoir fui pour protéger sa fille de 14 ans des violences sexuelles : « J’espère seulement que mon mari est encore en vie. Mais la violence semble toujours nous rattraper. »

La situation humanitaire est critique. Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de 8 400 déplacés internes sont en situation de famine. Les sites de fortune, souvent des écoles ou des espaces publics surpeuplés, sont devenus des refuges précaires, où les besoins en nourriture, en eau et en soins médicaux restent dramatiquement insatisfaits. L’Office de la protection du citoyen qualifie ces conditions de vie de « profondément inhumaines ».

Face à cette crise, la MMAS reste dramatiquement sous-dimensionnée. Alors que la mission devait initialement compter 2 500 militaires, seuls 991 soldats sont actuellement déployés, selon HRW. Si des pays comme le Kenya, la Jamaïque, les Bahamas et le Salvador se sont engagés, la réponse internationale demeure fragmentaire et insuffisante. À ce jour, la mission peine à disposer des ressources nécessaires pour établir les bases opérationnelles indispensables à sa réussite.

Human Rights Watch plaide pour une transformation rapide de la MMAS en véritable mission onusienne avec un mandat renforcé et des moyens adaptés. « La violence en Haïti empire de jour en jour », avertit Nathalye Cotrino. 

La lenteur des réponses et le manque de coordination risquent d'aggraver encore la catastrophe humanitaire. Pour les centaines de milliers d’Haïtiens déplacés, l’urgence n’est plus un débat diplomatique. C’est une question de survie.


Wideberlin Sénexant

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