A la matinale de Gazette Haïti News ce lundi 6 mars 2023, l’ancien Premier Ministre Evans Paul n’a pas peint un tableau reluisant de la situation du pays et de l'action gouvernementale à l'ère d'Ariel Henry.
Selon K-Plim de son sobriquet, le gouvernement actuel ne montre aucune capacité à apporter des solutions à la crise multidimensionnelle à laquelle Haïti est confrontée. Pour lui, l'actuelle équipe est dépassée par les évènements.
Il a été Premier ministre sous la présidence de Joseph Michel Martelly. Evans Paul, invité de l’émission « Le Rendez-vous avec Volcy Assad » ce lundi n'a pas donné de bonnes notes à l'actuel gouvernement. Celui qui n'est pas un opposant au pouvoir a bien pris le soin de choisir les mots pour attirer l'attention sur son inertie par rapport à la situation socio-politique qui ne cesse de dégrader ces derniers temps.
« Les cas de kidnapping sont récurrents. Les paisibles citoyens ne peuvent pas circuler librement. En ce moment, des écoles sont contraintes de donner des cours en ligne », explique Evans Paul, ancien Premier Ministre pour dépeindre un tableau sombre de la situation.
Dans un rapport émis la semaine dernière, l’organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti a indiqué que 55 personnes dont 2 soldats de la FAD'H et 2 policiers ont été tuées par balles ou à l’arme blanche durant le mois de février 2023. « Les Départements de l’Ouest et l’Artibonite, sont les plus concernés », précise l’organisation.
Dans un rapport en date du 26 janvier 2023, le Réseau national de défense des droits humains a fait savoir que depuis l’ascension au pouvoir du Premier ministre Ariel Henry, les bandits armés, « renforcés par son gouvernement », sont devenus plus arrogants dans leur mode opératoire et élargissant chaque jour un peu plus, leur territoire, tout en s’en prenant régulièrement aux agents de la Police nationale d’Haïti.
« Du 20 juillet 2021 jusqu’à ce mois de janvier 2023, 78 policiers ont été assassinés en raison de 5 policiers par mois », a rapporté le Réseau national de défense des droits humains.
« L’Etat haïtien est dépassé par la situation. Que ce soit la Police Nationale d’Haïti, l’Armée, tout est dépassé », regrette Paul, estimant que tout ceci est arrivé parce que selon lui le diagnostic n’a pas été fait.
Depuis le 21 décembre, Ariel Henry, des membres des secteurs politique, économique et des organisations de la société civile ont signé le consensus national pour une transition inclusive et des élections transparentes communément appelé l’accord du 21 décembre. Cet accord signé majoritairement par les tenants du 11 septembre s’est donné comme mission : organiser des élections. Un objectif de plus en plus corsé. « Ce n’est pas un accord qui pourra amener vers des élections dans le pays mais plutôt une ambiance de gouvernabilité raisonnable », croit Evans Paul même s'il juge bonne l'intention de chercher un acccord. « Ce sont des manifestations de bonne volonté, mais cela ne suffit pas, il faut développer des capacités d'action permettant de faire face aux problèmes », a fait savoir l'ancien prisonnier de la Toussaint. Pour lui, ces genres d'accord sont insuffisants par rapport à la dimension du problème. « Le seul accord qui tient aujourd'hui est celui pouvant permettre à la population de vaquer à ses occupations », a indiqué Mr Paul. D'ailleurs, selon lui, l'accord du 21 décembre est déphasé, le contexte de sa signature n'étant plus les mêmes.
Intervenant la semaine dernière à l’émission « Le Rendez Vous avec Volcy Assad », le leader de la structure politique UNIR Clarens Renois, rapportant les propos d’un expert, indique qu’il faut entre 14 à 18 mois de préparation pour la réalisation d’élections inclusives, honnêtes et démocratiques dans le pays.
« Nous ne pouvons pas parler d’élections dans une situation où les citoyens ne peuvent plus circuler; vaquer à leurs occupations », explique Evans Paul qui reste convaincu que « l’Etat doit d’abord assurer sa bonne marche; garantir l’ordre public; assurer la sécurité; servir la République avant de se charger d’autres choses ».
« Pour moi, les élections sont un élément des actions du gouvernement. Si les autres ne marchent pas, les élections ne pourront pas se réaliser », croit-il mordicus.
Dans son intervention, Evans Paul met en garde sur le risque d’une aggravation de la situation avec des « élections bidon » réalisées dans un contexte socio-politique pareil. « Il faut un consensus », exige-t-il.
En guise de solution à la crise, Evans Paul prône un grand ralliement nationale permettant de mettre fin aux luttes intestines afin d'adresser le phénomène de l'insécurité qui entrave la vie des hatiens aujourd'hui.
La semaine dernière, une délégation de la CARICOM a rencontré des protagonistes de la crise. La délégation est repartie sans donner l’impression d’avoir réussi à faire bouger les lignes dans la recherche de solutions à la grave crise politique et sécuritaire qui secoue le pays.
Par: Daniel Zéphyr
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