Depuis huit ans, Haïti peine à organiser des élections, un pilier pourtant essentiel pour le renforcement de ses institutions démocratiques. Avec l’installation complète du Conseil Électoral Provisoire (CEP) le 13 décembre 2024, sous l'égide du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), une question cruciale demeure : cette équipe parviendra-t-elle à relever un défi qui a échappé à ses prédécesseurs ?
Le dernier scrutin en Haïti date de 2016. Le président Jovenel Moïse jusqu’à sa mort n’a organisé aucune élection. Le gouvernement du premier ministre Ariel Henry, forcé d’abandonner le pouvoir par la communauté internationale et la pression des gangs armés, n’a pas fait grand chose pour y parvenir. Voulant à tout prix être seuls maîtres à bord, les deux dirigeants se complaisaient dans cette situation inconstitutionnelle. Haïti fonctionne sans parlement fonctionnel depuis l'année 2020. Les collectivités locales sont totalement affaiblies avec la gestion des agents intérimaires dans les mairies. Aujourd'hui, le CPT hérite d’une mission particulièrement complexe : rétablir un cadre institutionnel fonctionnel et redonner confiance aux citoyens.
La Composition complète du CEP: un pas symbolique important
Le processus de la formation du CEP, marqué par des contestations et des retards, a finalement abouti avec l’entrée de deux nouvelles membres, Rose Thérèse Magalie Georges et Yves Marie Édouard, représentant respectivement les secteurs des droits humains et des femmes. Pour la première fois depuis des années, le CEP dispose de ses neuf membres, une condition indispensable pour lancer les préparatifs des élections prévues fin 2025.
Cependant, ce progrès symbolique ne garantit pas le succès. Le CPT devra, au delà d’autres difficultés, surmonter un défi de taille: le problème de l’insécurité provoquée par les gangs contrôlant particulièrement une bonne partie de la zone métropolitaine.
Une responsabilité historique pour le CPT
Objet de controverses depuis sa création par sa composition, soit un total de neuf membres, le Conseil présidentiel de transition est face à l’histoire. Suivant la mission qu’il s’est fixée comme priorité, il devra organiser les élections afin d’en finir avec cette crise institutionnelle qui a trop duré. L’architecte Lesly Voltaire, président du CPT, a reconnu l’ampleur de cette responsabilité dans son discours lors de la prestation de serment. Organiser des élections après huit ans d’absence n’est pas seulement une nécessité institutionnelle, mais un devoir envers le peuple haïtien à qui il revient le droit de choisir ses dirigeants conformément aux prescrits de la constitution. Néanmoins, la tâche s’avère rocailleuse compte tenu de la crise interne à surmonter, à savoir la gestion de l’affaire du scandale de corruption de la banque nationale de crédit (BNC) impliquant trois conseillers du CPT. Une question qui, si elle n’est pas bien traitée, aura des impacts sur toutes les actions des autorités actuelles.
Parlant de crise au sein du CPT, on ne peut pas ignorer les derniers développements politiques: « Position des parties prenantes au consensus du 11 Mars 2024 et signataires de l’accord du 3 avril 2924 sur la situation du pays ». Quoique ces structures ont pour certaines des problèmes internes (scissions au sein de RED et 21 décembre…), diminuant ainsi l’ampleur de leur position, le conseil aura tout intérêt à trouver une formule vis à vis de ces acteurs car il n’y a pas d’élections sans la participation des partis politiques.
Comme évoqué plus haut, il y a la problématique des violences des bandits armés à résoudre. Aucune élection ne sera possible si les forces de l’ordre ne parviennent pas à démanteler les gangs, reprendre le contrôle total du pays, spécialement les « territoires perdus » pour faciliter la mise en place du processus électoral, permettre aux candidats de faire campagne et garantir la sécurité des électeurs le jour du vote.
L’histoire récente des élections en Haïti montre que l’organisation d’un scrutin ne se limite pas seulement à la logistique. Il s’agit aussi de restaurer la confiance des citoyens, de garantir l’équité du processus, et d’assurer la transparence à toutes les étapes. Les échecs antérieurs ont souvent été marqués par une politisation excessive du CEP et des interférences de divers acteurs nationaux et internationaux.
Pour éviter ces pièges, le CPT devra adopter une approche inclusive, impliquant les partis politiques, la société civile et d’autres partenaires. L’aide de l’international peut toujours être appréciée. Cependant, le processus électoral devra rester une affaire souveraine. Ainsi, Haiti doit pouvoir se doter des moyens financiers, humains et matériels nécessaires pour organiser sa propre élection.
La route vers les élections de 2025 est semée d’embûches, mais elle représente aussi une opportunité unique pour le CPT et la classe politique de marquer l’histoire. Si le conseil parvient à relever ce défi, il pourrait non seulement restaurer les institutions démocratiques, mais aussi redonner espoir à un peuple qui aspire à un renouveau politique. Cependant, l’échec serait lourd de conséquences. Il risquerait d’enraciner davantage la crise institutionnelle et de compromettre l’avenir du pays. Ce qui, faut-il signaler, scellerait à coup sûr la fin de cette classe politique et profiterait aux agents de l’instabilité.
Le CPT, par sa composition et son mandat, a une responsabilité historique. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections, mais de démontrer qu’un leadership collectif et visionnaire peut transformer les défis en opportunités. Haïti pourrait finalement sortir de ce cycle infernal de crise sécuritaire et socio-politique qui bloque son développement.
Par Gazette Haïti News
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