PubGazetteHaiti202005

En Haïti, Antonio Guterres affiche un soutien subtil au pouvoir de Ariel Henry et presse pour une force internationale

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En visite à Port-au-Prince ce samedi 1er juillet 2023, Antonio Guterres a exprimé sa "solidarité" envers le peuple haïtien, et encouragé la communauté internationale à soutenir le pays, empêtré dans un cycle de violences et de misère. Lors d’une conférence de presse au salon diplomatique, le chef de l’ONU a réitéré son appel pour une force d’intervention en Haïti.

 
Il s'agissait de sa première visite en Haïti en tant que secrétaire général de l'ONU. Antonio Guterres était arrivé dans la matinée du samedi 1er juillet à Port-au-Prince afin de manifester sa "solidarité" avec la population qui fait face à des crises sécuritaire, politique et humanitaire.

 « La violence brutale des gangs touche chaque aspect de la vie publique et privée du pays. Port-au-Prince est encerclée par des gangs armés qui bloquent les principales routes menant au département du Nord et du Sud, contrôlant l’accès à l’eau et la nourriture. Je reste préoccupé par l’extrême vulnérabilité des populations face à ces gangs prédateurs », a déclaré Antonio Guterres devant les micros de la presse nationale et internationale.

 
Pour une force internationale

 Le chef de l’ONU croit que la sécurité durable passe d’abord par le rétablissement des institutions démocratiques. « Chaque jour compte. Si nous n’agissons pas maintenant, l’instabilité et la violence auront un impact durable sur des générations d’Haïtiens. Je réitère mon appel envers tous les partenaires pour renforcer le soutien à la police nationale que ce soit en matière de financement, formation ou d’équipement », a poursuivi Guterres. Mais, selon lui, il faut beaucoup plus. 

En ce sens, Guterres exhorte le conseil de sécurité de l’ONU à autoriser le déploiement immédiat d’une force de sécurité internationale robuste qui viendrait assister la Police dans la lutte contre les gangs. « J’appelle la communauté internationale à être prête à donner suite à cette décision du conseil de sécurité que je désire », a fait savoir Guterres, estimant que « ce n’est pas le moment d’oublier Haïti. »

 António Guterres avait relayé en octobre dernier un appel à l’aide d’Ariel Henry, demandant au Conseil de sécurité d’envoyer une force internationale pour épauler la police dépassée par la violence des gangs qui ne cesse de se propager.

Mais neuf mois plus tard, cet appel est toujours sans réponse. Si quelques pays ont indiqué être prêts à participer, aucun ne s’est porté volontaire pour prendre la tête d’une telle opération dans un pays échaudé par de multiples interventions étrangères.

Depuis cet appel, l’ONU ne cesse de décrire le cauchemar vécu par les Haïtiens : snipers sur les toits, enlèvements, écoles prises pour cible, le viol utilisé comme arme.

Le mois dernier, alors qu'il assistait au sommet de Paris sur la finance, Ariel Henry a rencontré le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le président rwandais Paul Kagame et a eu un bref échange avec le président français Emmanuel Macron. Le Rwanda et le Brésil, qui ont dirigé la dernière mission de maintien de la paix de l'ONU en Haïti, ont expérimenté des armées qui pourraient aider, mais jusqu'à présent, aucun des deux dirigeants n'a publiquement déclaré s'ils le feraient.

 Divers secteurs de la vie nationale sont divisés sur la possible venue des bottes étrangères en Haïti mais aussi sur la gouvernance du pays pendant cette période transitoire. Le Secrétaire général de l’ONU a rencontré le Premier Ministre Ariel Henry, le Haut Conseil de la Transition, des partis politiques et des organisations de la société civile sur le besoin d’une entente politique capable de paver la voie au dégel de la crise. « Chacun doit se passer de ses intérêts personnels et faire des concessions afin de faciliter l’émergence d’une vision commune et un chemin électoral viable et crédible », croit Guterres qui dit espérer qu’un consensus sera trouvé.

Néanmoins, Antonio Guterres précise que sa visite n’est pas faite dans le but de dire aux Haïtiens ce qu’ils doivent faire. « Je suis ici pour les entendre et pour les encourager à un consensus établi le plus largement possible pour faire avancer le processus de transition. A mon avis, ce n’est pas aux étrangers de résoudre le problème haïtien, ce sont les haïtiens qui vont le faire », clarifie Guterres.

 Soutien subtil à Ariel Henry

 
Dans son intervention, le diplomate a remercié le processus de dialogue inter-haïtien entamé par le groupe des « éminents » de la CARICOM: « Je salue le dialogue facilité par le groupe des personnalités éminentes de la CARICOM en vue d’un consensus pour former un gouvernement d’unité nationale et élargir le haut conseil de la transition ».

 
Ce processus de dialogue de la CARICOM a échoué puisque l’idée de former un gouvernement d’unité nationale et élargir le haut conseil de la transition était la position du Premier Ministre Ariel Henry et les tenants de l’accord du 21 décembre non partagée par plusieurs structures politiques de l’opposition qui ont même signé une déclaration conjointe pour préconiser un collège présidentiel en vue d’un exécutif bicéphale dans l’esprit de la constitution haïtienne. Cette position reprise par le diplomate n’est autre qu’un soutien subtil au pouvoir de Ariel Henry au détriment des autres acteurs qui ne voient pas les choses de la même manière que le neurochirurgien.

 
Aucune élection n’a eu lieu en Haïti depuis 2016, et Ariel Henry, nommé premier ministre seulement 48 heures avant l’assassinat du dernier président Jovenel Moïse en juillet 2021, fait face à des questions sur sa légitimité.

Selon un communiqué de la primature, les échanges entre Ariel Henry et Antonio Guterres ont porté sur plusieurs points, tels l'insécurité, la crise humanitaire, la résurgence des cas de choléra, l'insécurité alimentaire, les élections générales. Monsieur Guterres, selon le communiqué. A souligné que les Nations unies mettront tout en œuvre afin qu'Haïti puisse se relever. 

Selon la primature, s'agissant de la situation politique du pays, le chef du gouvernement a tenu à préciser à l'attention de Monsieur Guterres les consultations qu'il entame auprès des acteurs politiques et de la société civile, en vue d’élargir le consensus national.

« Soulignant l'importance de l'implication de l'ONU pour la stabilité sécuritaire du pays, le Premier ministre Ariel Henry a également réitéré la détermination de l'équipe gouvernementale à mettre en branle le processus électoral en vue de permettre au peuple de décider, dans un avenir proche, du choix de ses représentants à différents niveaux des postes électifs », indique le communiqué.

Montana, Fanmi Lavalas, le collectif du 30 janvier,  Nou P ap Dòmi, l'accord du 21 décembre  étaient invités à cette rencontre. Toutefois, l’ancien premier ministre a.i Claude Joseph qui pressait pour le départ de Ariel Henry au pouvoir n’a pas été invité. Le Réseau National de Défense des Droits Humains ( RNDDH) qui ne cesse d’alerter sur les exactions des gangs sous l’administration de Ariel Henry était aussi absent. 

Les protagonistes de la crise précités n’ont pas encore fait de déclaration autour de cette rencontre. Certains demandent du temps pour faire une déclaration officielle.
 

Après avoir quitté Haïti, António Guterres se rendra dimanche à Trinité-et-Tobago, où les membres de la Communauté des Caraïbes, composée de 15 membres, se réuniront du lundi au mercredi pour commémorer le 50e anniversaire de la fondation du bloc régional et discuter de questions d'importance régionale. António Guterres a engagé des discussions avec des dirigeants de la région sur divers sujets, notamment Haïti.

 

 

 

Par: Daniel Zéphyr

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