Le Miami Herald fait état d’irrégularités présumées dans l’exécution d’un contrat d’armement conclu en octobre 2025 entre la Police nationale d’Haïti et la société américaine Fencebridge Strategic Risk. Une partie des munitions a été livrée, mais la destination de plus de 7 millions de dollars versés par l’État haïtien reste à éclaircir.
Un contrat d’acquisition d’armes et de munitions destiné à la Police Nationale d’Haïti (PNH) soulève des interrogations sur la gestion des fonds publics, les procédures de contrôle et les conditions de livraison. Selon une enquête du Miami Herald, plus de 7 millions de dollars versés dans le cadre de cette transaction n’ont pas pu être retracés de manière satisfaisante, tandis que la livraison du matériel commandé demeure incomplète.
Signé en octobre 2025 avec Fencebridge Strategic Risk, l’accord porte sur la fourniture de fusils et de munitions pour un montant que l’entreprise évalue à 24 millions de dollars. Un message attribué à Bryan Seaver, dirigeant de la société et neveu de la chanteuse Dolly Parton, évoquait initialement une somme de 29 millions de dollars. L’entreprise a ensuite contesté ce chiffre.
D’après le quotidien floridien, une partie des munitions de calibres 9 mm, 5,56 mm et 7,62 mm est récemment arrivée en Haïti. Toutefois, les livraisons restent inachevées et des questions persistent sur le cheminement d’une partie des fonds.
L’enquête examine notamment le circuit utilisé pour transférer les fonds publics. Selon les documents consultés par le journal, Ellie Soto, une femme d’affaires américaine présentée comme intermédiaire dans la transaction, aurait reçu deux virements du gouvernement haïtien le 27 janvier 2026. Les montants indiqués, soit 8,24 millions et 7,08 millions de dollars, représentent un total de 15,32 millions de dollars.
D’après les sources citées par le Miami Herald, Soto devait conserver les fonds sur un compte séquestre avant d’effectuer les paiements destinés à Fencebridge. Une partie de l’argent n’aurait cependant pas été transférée à l’entreprise.
Andrew Day, directeur des opérations de Fencebridge, affirme que plus de 7 millions de dollars restent dus à sa société. Il soutient également que l’avocat Anthony Madu, chargé de gérer un compte destiné à recevoir les fonds, aurait transféré l’argent à Soto conformément aux instructions reçues. Interrogé par le journal, Madu a confirmé avoir exécuté les instructions relatives aux fonds, tout en invoquant le secret professionnel pour ne pas fournir davantage de précisions.
La localisation actuelle de l’argent, de même que la question de savoir si Soto en détient toujours une partie, restent indéterminées. Les éléments rapportés ne permettent pas d’établir définitivement qui contrôle les sommes non retracées ni de déterminer les responsabilités de chaque intervenant.
Un ancien parlementaire américain cité dans le dossier
L’enquête cite également Mark E. Green, ancien représentant républicain du Tennessee et ancien président de la commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants des États-Unis. Il aurait contribué à mettre Fencebridge en relation avec des avocats et des contacts à Washington afin de faciliter ses démarches auprès des autorités américaines.
Green a reconnu avoir reçu 600 000 dollars pour ses services, sur un montant facturé qui dépasserait légèrement un million de dollars. Il conteste toutefois avoir participé à la conclusion du contrat d’armement et rejette toute responsabilité dans les retards de livraison ou la disparition présumée des fonds. Il affirme également que les quelque 7 millions de dollars recherchés ne se trouvent ni chez Fencebridge ni chez lui.
De son côté, Andrew Day attribue les retards de livraison aux difficultés rencontrées par l’entreprise pour obtenir les autorisations américaines nécessaires à l’exportation des armes. Interrogé par le quotidien, le département d’État américain a refusé de commenter les autorisations relatives à cette transaction.
Fencebridge affirme exercer ses activités conformément aux lois américaines et internationales. Elle présente son intervention en Haïti comme un soutien aux forces de sécurité engagées dans la lutte contre les gangs armés.
Des interrogations sur le contrôle du contrat
Le dossier soulève aussi des questions sur les vérifications effectuées avant la signature de l’accord. Selon le Miami Herald, les responsables haïtiens contactés n’ont pas répondu aux demandes de précisions concernant un éventuel examen du contrat par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA).
Le journal rapporte qu’un autre contrat d’acquisition d’armes, destiné aux Forces armées d’Haïti et conclu avec une entreprise distincte, aurait été bloqué parce que celle-ci n’avait pas satisfait aux procédures de vérification. Ce cas relance les interrogations sur les mécanismes de contrôle appliqués aux achats d’équipements de sécurité.
Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, n’a pas répondu à la demande de commentaires du quotidien, selon l’enquête. Les responsabilités éventuelles des différentes parties dans la gestion des fonds et les retards de livraison restent donc à clarifier.
Alors que la PNH manque de moyens pour combattre les groupes armés, cette affaire souligne la nécessité d’une gestion transparente des achats d’équipements destinés aux forces de sécurité. Les éléments rapportés par le Miami Herald ne suffisent pas, à eux seuls, à établir une fraude ou un détournement. Ils appellent toutefois des explications précises des autorités haïtiennes et des acteurs concernés sur l’utilisation des fonds et l’exécution du contrat.
Wideberlin Sénexant
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