Arrêté le 25 août dernier aux États-Unis, alors qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt en Haïti pour des faits présumés de corruption, l’ancien Protecteur du citoyen, Me Renan Hédouville, a été renvoyé en Haïti. Il faisait partie des 101 ressortissants haïtiens arrivés, le jeudi 3 septembre, à l’aéroport international du Cap-Haïtien à bord d’un vol d’expulsion de l’Agence Américaine de l’Immigration et des Douanes (ICE).
L’appareil affrété par GlobalX Airlines, qui avait initialement quitté Alexandria, en Louisiane, a décollé de l’aéroport exécutif d’Opa-locka, en Floride, vers 11 heures, avant d’atterrir au Cap-Haïtien à 12 h 31. Les autorités haïtiennes avaient été informées que jusqu’à 78 personnes pourraient se trouver à bord, dont Renan Hédouville, arrêté à Montgomery, en Alabama, alors qu’il se présentait à un entretien lié à la régularisation de son statut migratoire aux États-Unis.
Au total, 101 personnes ont été renvoyées en Haïti. Leur arrivée a coïncidé avec l’interception de deux embarcations transportant des migrants haïtiens qui tentaient de rejoindre irrégulièrement les îles Turques-et-Caïques et les Bahamas.
Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, a annoncé le vol sur X environ une heure avant le décollage de l’appareil depuis la région de Miami. « Bonjour l’Amérique. Destination des expulsions aujourd’hui : HAÏTI », a-t-il écrit, accompagnant son message d’une photo montrant des personnes expulsées, menottées, marchant en file indienne vers l’avion.
Cette publication constitue la plus récente d’une série de mises en scène réalisées par les autorités américaines lors d’opérations d’expulsion d’Haïtiens.
La semaine dernière, le Département américain de la Sécurité intérieure (DHS) avait diffusé une vidéo sombre et granuleuse montrant des ressortissants haïtiens menottés et enchaînés, embarquant dans un avion sous la pluie, quelques jours seulement après un massacre perpétré par des groupes armés en Haïti. Accompagnées d’une chanson haïtienne entraînante, ces images avaient suscité l’indignation de nombreux Haïtiens et de plusieurs organisations de défense des droits des migrants.
Le vol de jeudi est le troisième organisé en trois semaines par l’ICE pour expulser des ressortissants haïtiens. Cette intensification fait suite à la décision de la Cour suprême autorisant l’administration Trump à mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) accordé à plus de 300 000 Haïtiens, alors que les procédures judiciaires contestant cette mesure se poursuivent.
Ces expulsions interviennent malgré l’instabilité politique persistante et l’intensification de la violence des groupes armés en Haïti. Ces derniers contrôlent une grande partie de la capitale et continuent d’étendre leur influence dans d’autres régions du pays.
La semaine dernière, des dizaines de personnes ont été tuées par balle ou brûlées vives dans leurs maisons à Kenscoff, une commune située sur les hauteurs de Port-au-Prince. Plus de 50 autres personnes ont été enlevées après l’irruption d’un commando armé dans la commune.
Six jours plus tard, des violences armées survenues le 29 août à Jean-Denis, une localité de la commune de Petite-Rivière-de-l’Artibonite, ont provoqué le déplacement d’au moins 900 personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Deux semaines auparavant, des groupes armés avaient attaqué Fort-Dimanche, à Cité Soleil, où plusieurs personnes âgées, incapables de quitter leur domicile, avaient été tuées. Un étudiant de 18 ans, qui avait fui la zone pour échapper aux groupes armés avant d’y retourner faute d’un autre endroit où vivre, avait également perdu la vie, selon une responsable communautaire interrogée par le Miami Herald. Celle-ci a rapporté que des religieuses avaient dû accueillir plusieurs dizaines d’enfants abandonnés par leurs parents après l’attaque.
Les autorités haïtiennes ont interdit aux journalistes de photographier ou de filmer l’arrivée de l’avion, vraisemblablement en raison de la présence de Renan Hédouville. À sa descente de l’appareil, l’ancien Protecteur du citoyen a rapidement été conduit vers un véhicule privé, tandis que les autres personnes expulsées étaient transférées dans une salle d’attente.
Des employés de l’Office national de la migration (ONM) ont également empêché les journalistes de s’approcher de lui. Une personne présente à l’aéroport, qui s’est présentée comme un avocat et un ami de Renan Hédouville, a affirmé que celui-ci avait été arrêté par l’ICE alors qu’il se rendait à ce qu’il croyait être un entretien de routine dans le cadre de sa demande de carte verte.
Renan Hédouville aurait déposé une demande de résidence permanente aux États-Unis il y a plus d’un an.
Des accusations de corruption en Haïti
En décembre dernier, les autorités haïtiennes de transition ont adopté un décret controversé encadrant le fonctionnement de la Haute Cour de justice. Ce texte protège de fait certains hauts fonctionnaires accusés de malversations ou d’autres infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions en les soustrayant à la compétence des tribunaux ordinaires.
Selon les dispositions du décret, ces responsables ne peuvent être jugés que par le Parlement. Cette mesure avait suscité de vives critiques, notamment de la part des ambassades de France et du Canada en Haïti.
Avant son départ pour les États-Unis, Renan Hédouville faisait l’objet d’une enquête de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC). Les enquêteurs l’accusent notamment d’entrave à la justice, de passation illégale de contrats et d’avoir indûment perçu 127 630 dollars américains pour des missions présumées fictives et des billets d’avion liés à une douzaine de voyages. Il lui est également reproché d’avoir versé des sommes d’argent à sa fille et à son ancien gendre, qui travaillaient au sein de l’institution.
Les faits reprochés se seraient produits entre 2019 et 2024, alors que Renan Hédouville dirigeait l’Office de la protection du citoyen (OPC), l’institution nationale chargée de la protection et de la promotion des droits humains.
Selon les enquêteurs, il aurait refusé de coopérer avec l’ULCC et aurait même engagé une action en justice contre l’institution. Peu après, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) avait émis un mandat d’arrêt à son encontre. Il s’agit du même mandat cité par un porte-parole de l’ICE pour confirmer son arrestation aux États-Unis.
Ce porte-parole avait indiqué que Renan Hédouville était entré légalement aux États-Unis le 4 mai 2025, mais qu’il n’avait pas quitté le territoire en novembre 2025, à l’expiration de la période de séjour qui lui avait été accordée.
Plus de 300 migrants haïtiens interceptés en mer
Alors que l’avion d’expulsion américain se dirigeait vers Haïti, les services d’immigration des Bahamas et des îles Turques-et-Caïques ont annoncé l’interception, mercredi, de deux embarcations surchargées transportant au total 317 migrants haïtiens.
La brigade maritime de la Police royale des îles Turques-et-Caïques a intercepté, tôt mercredi matin, une embarcation soupçonnée de transporter des migrants en situation irrégulière près de Northwest Point, à Providenciales. Les agents ont découvert à bord 171 personnes.
Cette opération porte à environ 1 075 le nombre de migrants interceptés en mer par les autorités des îles Turques-et-Caïques depuis le début de l’année 2026, à bord de huit embarcations.
Les autorités bahaméennes ont, de leur côté, annoncé l’interception d’une autre embarcation quelques heures plus tard, vers 20 heures. Elles n’ont pas immédiatement précisé le nombre de personnes qui se trouvaient à bord, indiquant seulement que celles-ci seraient contrôlées afin d’établir leur identité, puis rapatriées en Haïti par l’intermédiaire de l’aéroport du Cap-Haïtien.
Dans un communiqué distinct, l’ambassade des États-Unis à Nassau a indiqué que 146 ressortissants haïtiens avaient été interceptés avec l’aide des garde-côtes américains.
La semaine dernière, le sous-secrétaire général par intérim des Nations unies aux affaires humanitaires, Indrika Ratwatte, a déclaré devant le Conseil de sécurité que les déplacements de population se poursuivaient dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans l’Artibonite, en raison de la recrudescence des violences armées, de l’aggravation de la faim et des violences sexuelles.
Parallèlement, a-t-il souligné, les expulsions vers Haïti se poursuivent. « Au cours des huit premiers mois de 2026, près de 200 000 personnes ont été renvoyées de force, soit une augmentation de 10 % par rapport à la même période de l’année précédente », a-t-il déclaré.
« Nombre d’entre elles arrivent sans ressources, sans papiers ni réseau de soutien. Certaines présentent des besoins de protection particulièrement urgents, notamment les victimes de violences sexuelles, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes handicapées ainsi que les enfants non accompagnés ou séparés de leur famille », a-t-il ajouté.
Avec le Miami Herald
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