PubGazetteHaiti202005

Des procureurs américains présentent des fusils d’assaut liés à l’assassinat de Jovenel Moïse

VALERIE BAERISWYL  AFP via Getty Images

Des procureurs fédéraux américains ont présenté, mercredi, plusieurs fusils de grande puissance liés à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, accompagnés du témoignage d’un expert en balistique affirmant que des balles à haute vélocité qu’il a analysées provenaient de l’une de ces armes.

« Ces trois éléments de munitions ont tous été identifiés comme ayant été tirés par le même canon », a déclaré Theodore Chavez, expert en balistique du FBI, lorsqu’on lui a demandé s’il avait pu tirer une conclusion après ses tests. L’arme a été identifiée comme un fusil de marque Palmetto Armory.

Chavez a examiné huit armes à feu. Toutes, sauf une, étaient « opérationnelles et fonctionnaient comme prévu » lors des tests effectués dans un laboratoire du FBI, a-t-il indiqué devant un tribunal fédéral à Miami. Les armes présentées sur la table des procureurs comprenaient des fusils à pompe, des fusils d’assaut et des pistolets-mitrailleurs — parmi lesquels un Uzi, un fusil Remington doté d’une sangle multicolore, un fusil de type AR-15 Palmetto et un fusil israélien Galil gravé des mots « Police Nationale d’Haïti ».

L’une des armes, un fusil à pompe Luigi Franchi de calibre 12, portait apparemment une étiquette de la police haïtienne au nom de John Joel Joseph, ancien sénateur ayant plaidé coupable dans cette affaire. Il fait partie des cinq accusés qui ont reconnu leur culpabilité pour le chef principal de complot et ont été condamnés à la prison à vie. Un sixième accusé a plaidé coupable pour une infraction moindre liée à la contrebande de gilets pare-balles destinés aux commandos colombiens que les procureurs affirment avoir été recrutés par la société Counter Terrorist Unit Security, basée à Doral, pour assassiner le président haïtien.

Jovenel Moïse a été assassiné le 7 juillet 2021 dans la chambre de sa résidence située sur les hauteurs de Port-au-Prince. Deux balles et deux fragments ont été extraits de son corps, selon le témoignage du médecin légiste en chef d’Haïti. Toutefois, les avocats de la défense ont contesté cette version, évoquant une autopsie incomplète et affirmant que le président aurait reçu une douzaine de balles, dont certaines au cœur et à la tête, qui n’auraient pas été extraites selon les radiographies.

Dans les jours ayant suivi l’assassinat, plus d’une douzaine d’anciens militaires colombiens, trois Américano-Haïtiens et des dizaines de membres de la Police nationale d’Haïti ont été arrêtés à Port-au-Prince. Certains policiers faisaient partie de l’unité de sécurité présidentielle, tandis que d’autres sont accusés d’avoir accompagné les commandos colombiens jusqu’à la résidence du président en pleine nuit.

Les avocats de quatre hommes du sud de la Floride, accusés par les procureurs fédéraux d’avoir conspiré pour assassiner le président, soutiennent que l’équipe colombienne avait pour mission d’arrêter Moïse et que celui-ci aurait été tué par des agents de sécurité présidentielle et des policiers avant l’arrivée des Colombiens.

Sont jugés à Miami Arcángel Pretel Ortiz, 53 ans, ancien informateur du FBI et résident permanent américain d’origine colombienne ; Antonio Intriago, 62 ans, Vénézuélo-Américain propriétaire d’une entreprise de sécurité à Doral ; James Solages, 40 ans, Américano-Haïtien ; et Walter Veintemilla, 57 ans, Équatorien-Américain, accusé d’avoir contribué au financement du complot.

Un cinquième accusé, Christian Emmanuel Sanon, médecin d’origine haïtienne qui, selon les procureurs, ambitionnait de devenir président après la mort de Moïse, sera jugé ultérieurement pour des raisons de santé.

Les procureurs accusent les hommes jugés d’avoir recruté plus de vingt commandos colombiens afin d’assassiner le président pour ensuite obtenir des contrats gouvernementaux auprès de son successeur. Dans le cadre du procès, des dossiers militaires et documents de voyage ont été présentés, montrant que les Colombiens sont arrivés en Haïti après un vol de Bogotá vers Punta Cana, en République dominicaine, le 4 juin 2021, avant de traverser la frontière par voie terrestre.

Les procureurs n’ont présenté aucune preuve indiquant que les Colombiens ou les Américano-Haïtiens ont introduit des armes en Haïti. Toutefois, ces armes ont été présentées comme pièces à conviction, aux côtés de gilets pare-balles et d’un gilet de camouflage portant l’écusson de la Counter Terrorist Unit Federal Academy.

Selon l’agent spécial de Homeland Security Investigations, Richard Maniara, ces armes font partie des « nombreuses » armes à feu saisies par la Police nationale d’Haïti après l’assassinat. Bien qu’il ait pris plus de 400 photographies, seules quelques-unes ont été retenues comme preuves.

Les armes saisies n’ont été transmises au laboratoire du FBI qu’en mai 2023, soit plus d’un an et demi après les faits, ont souligné les avocats de la défense, qui ont insisté sur les failles dans la chaîne de conservation des preuves, l’absence d’empreintes digitales ou d’analyses ADN, ainsi que les conditions de transfert du matériel.

Par exemple, les balles examinées par Chavez étaient conservées dans un sac plastique non scellé, tandis que le fusil Palmetto identifié comme étant l’arme du crime se trouvait dans un emballage non scellé, placé dans un conteneur scellé.

« Pouvez-vous retracer l’historique de cette arme pendant 18 mois ? », a demandé l’avocat Simon Patrick Dray. L’expert du FBI a répondu : « Je n’ai aucune connaissance de l’endroit où se trouvait cette arme avant son arrivée au laboratoire. »

Parmi les autres témoins figurait un membre de l’équipe d’intervention d’urgence du FBI, ainsi que l’agent spécial Rene Luna, qui a participé à l’examen de la scène de crime et à l’interrogatoire de suspects colombiens. Malgré une formation en sciences médico-légales, Luna a reconnu ne jamais avoir travaillé directement dans ce domaine, ce qui a suscité de vives critiques de la part de la défense.

Enfin, l’agent du FBI Jacqueline Valdes a témoigné avoir voyagé en Jamaïque et en République dominicaine pour interroger des suspects en fuite, dont Mario Antonio Palacios et Rodolphe Jaar, ce dernier étant accusé d’avoir joué un rôle clé en fournissant logement, armes et soutien logistique aux commandos.

Valdes a également indiqué que Palacios détenait de l’argent liquide en plusieurs devises ainsi que des objets appartenant à Martine Moïse, notamment une montre identifiée parmi les biens saisis par les autorités américaines.

Avec Miami Hérald

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