Intervenant ce vendredi à la matinale de Magik9 ce vendredi 20 janvier 2023, l’ancienne première dame et sénatrice de la République Mirlande Manigat est sortie de son mutisme pour révéler les raisons la poussant à accepter de devenir membre du Haut Conseil de la Transition. Elle n’écarte pas la possibilité de devenir présidente du Haut Conseil de la Transition.
Les critiques se sont abattues sur elle depuis le 21 décembre 2022, après sa nomination au Haut Conseil de la Transition institué par le document de consensus national pour une transition inclusive et des élections transparentes. Plus d’un se demandait si elle avait donné son accord pour cette nomination jusqu’à ce que des médias locaux ont confirmé l’information.
Depuis ce 21 décembre, elle s’était longuement emmurée dans son silence. Ce vendredi, Mme Manigat a brisé la glace. « cela n’a pas été fait spontanément. Cette décision a été mûrement réfléchie. », lâche Mirlande Manigat questionnée par les journalistes Roberson Alphonse et Jean Daniel Sénat. Elle dit avoir décidé d'accepter de faire partie de cette structure en faisant appel à la raison et au patriotisme.
Collaborateur de Mirlande Manigat à l’université Quisqueya, Me Bernard Gousse a lancé un message cinglant à la constitutionnaliste sur Twitter après avoir accepté ce poste. « 21 décembre ? Il peut voler comme il veut, il peut tuer comme il veut, personne ne peut virer le gouvernement. Il n'y a pas de démocratie sans contrôle. Si vous écrivez de gros articles, écrivez de gros livres et que vous acceptez d'utiliser des portraits dans ce braquage, vous n'êtes pas un vrai démocrate, vous n'êtes pas une vraie constitutionnaliste », a écrit Gousse le 15 janvier 2023.
Même si le nom de Mirlande Manigat n’est pas mentionné, plus d’un s'accorde sur le fait que cette publication vise la constitutionnaliste. La concernée estime que Me Bernard Gousse a tort. « C’est son opinion. Il ne m’a jamais téléphonée ou conseillée. Il me fait de la peine. Malheureusement, il a tort. Je suis constitutionnaliste et je suis démocrate. S’il souhaite discuter avec moi, je suis disponible », réagit l’ancienne candidate à la présidence.
« Opportuniste politique »
Certains voient en Mirlande Hyppolite Manigat, une opportuniste. Un cerveau bien madré qui décide de renforcer le pouvoir de Ariel Henry. D’autres osent même penser que la professeure a pris cette décision pour sortir Ariel Henry du fond du gouffre. Selon Mme Manigat, elle n’est pas là pour apporter une aide au gouvernement et aussi Ariel Henry à se sauver lui-même.
« Je ne suis pas une opportuniste. Je trouve que c’est mal me connaître. C’est injuste. Il y a un côté méchant. Je sais que la politique est un endroit tuatoire pour plus d’un. Si yon moun vle kraze m, si w k kraze m, mwen ap rete nan goj moun k ap eseye kraze m », a martelé Manigat.
Les noms des membres du Haut Conseil de la Transition ont été publiés mardi 17 janvier 2023 dans le journal officiel de la République Le Moniteur. Des tâches et missions lui ont été conférées.
« Le HCT a pour attribution de s’assurer de la crédibilité et de l’intégrité des élections en participant au choix des membres du Conseil Électoral Provisoire et en organisant des évaluations d’étape assorties de recommandations pour la performance du processus électoral ; choisir le Comité d’experts en charge de la révision de la Constitution ; coordonner un dialogue politique de haut niveau afin d’élargir la base du consensus entre les principaux acteurs politiques, sociaux et économiques du pays, sur la base d’un programme de (i) sécurité, (ii) de réforme politique, constitutionnelle et électorale, (iii) de bonne gouvernance et (iv) de mesures économiques et sociales ; coopérer avec le Premier Ministre et le Conseil des Ministres pour définir une feuille de route comportant des étapes et des délais précis et mettre en œuvre un plan d’action stratégique pour la période de transition ; participer à la reconstitution de la Cour de Cassation ; participer aux remaniements ministériels, aux changements dans les hautes directions de l’Administration publique et aux réformes dans la diplomatie haïtienne ; inspirer et s’assurer des réformes économiques, notamment en matière de recettes de l’État, de politiques fiscale et monétaire ; veiller à la mise en place et à l’exécution d’un plan global de sécurité publique ; identifier et proposer des réformes en matière de droits humains et de renforcement de l’État de droit ; identifier et proposer des réformes visant la sécurité sociale et alimentaire », peut-on lire dans l’arrêté.
S’agissant des remaniements qui seront effectués, Mirlande Manigat indique que ces derniers seront effectués avec le gouvernement. « Cela signifie qu’il y aura une réforme de l’administration publique commençant par le conseil des ministres, les directeurs généraux, etc.. Jusqu’à présent, mes collègues et moi n’avons pas encore été invités à nous asseoir avec les membres du gouvernement. On n’attend qu’on nous sollicite », confie la constitutionnaliste, indiquant qu’elle ne sait toujours pas si le remaniement ministériel sera fait avec des signataires de l’accord du 21 décembre. « Ça ne nous concerne pas de manière ponctuelle. Nous sommes les commentateurs », ajoute-elle.
Ce Haut Conseil de la Transition aura aussi la lourde responsabilité de choisir 9 membres d’un panier de 20 membres désignés par l’exécutif pour la mise en place du conseil électoral provisoire. Toutefois, plus d'un estime que les noms sont déjà là. « Je ne suis pas encore au courant. On a à intervenir sur cela. On a à intervenir aussi sur la cour de cassation. Nous avons reçu un document à ce sujet mais je ne peux pas encore parler de ça publiquement. Nous sommes des récepteurs des informations. Nous ne sommes pas des initiateurs », indique-t-elle.
Les informations ont fait état de petites frictions entre le gouvernement et le Haut Conseil de la Transition. Mirlande Manigat voulant jouer franc jeu précise que les « rapports avec le gouvernement seront des rapports consensuels, fluides, de respect des uns pour les autres ».
« Ces rapports ne se sont pas encore concrétisés. Donnez le temps au temps », dit-elle.
Vers la présidence du HCT ?
Depuis la naissance du Haut Conseil de la Transition, des médias locaux ont révélé un litige pour la présidence du Haut Conseil de la Transition. Ces derniers ont indiqué que la lutte oppose Laurent Saint-Cyr choisi par le secteur privé des affaires et Mirlande Manigat choisi par le secteur politique. Questionnée sur son véritable poste, Mirlande Manigat n’écarte pas la présidence.
« J’attends. Si je suis élue par mes collègues, j’assumerai la présidence de deux manières. D’une manière conviviale et j’assumerai les responsabilités qui sont liées à la présidence », répond-elle.
Par ailleurs, Mirande Manigat dit prendre à cœur ce poste tout en espérant ne pas arriver à une situation pour démissionner et laisser ses collègues dans le Haut Conseil de la Transition.
Par : Daniel Zéphyr
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