PubGazetteHaiti202005

Ouverture possible d’une enquête en Haïti sur les hommes politiques sanctionnés par les États-Unis et le Canada: «sans un vetting dans les parquets, ce sera une vaste blague », selon Pierre Espérance

@gazettehaitinews

Dans une interview exclusive à la rédaction de Gazette Haïti News ce mercredi 7 décembre 2022, Pierre Espérance du RNDDH n’a pas tardé à réagir suite aux velléités du gouvernement haïtien de diligenter une enquête sur les personnalités sanctionnées par le Canada et les États-Unis. Espérance préconise un vetting dans l’appareil judiciaire en vue d’espérer une issue heureuse à cette enquête. Sinon cela l’occasion offerte, dit-il, aux parquetiers de harceler ces hommes politiques et d’en exiger des pots de vin.

 

 Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des droits humains (RNDDH) ne croit pas du tout à la capacité de la justice haïtienne de lancer une enquête sérieuse sur les hommes politiques haïtiens sanctionnés par les gouvernements américain et canadien. Selon lui, pour y parvenir, il faudrait un véritable vetting dans l’appareil judiciaire. 

 

« Dans l‘état de délabrement de la justice dans les juridictions de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets, s’il n’y a pas un vetting sur les parquetiers afin de permettre à ceux qui sont honnêtes de faire leur travail, il n’y aura aucune possibilité d’ouvrir une enquête sur les personnalités sanctionnées », croit Pierre Espérance qui prévient que ces personnalités sanctionnées se feront rançonner et harceler par les parquetiers.

 

 

Il y a quelques jours soit lundi dernier, le Réseau National de Défense des droits humains (RNDDH), dans une correspondance adressée à l’attention de la ministre a.i de la justice et de la sécurité publique Emmelie Prophète Milcé, a exposé le mal profond au niveau du tribunal de première instance de Port-au-Prince et celui de la croix-des-bouquets.

 

Le RNDDH a mis l’accent sur les agissements peu commodes du substitut commissaire du gouvernement Jeanty Souvenir. Il accuse ce dernier d’avoir bénéficié de pots-vins et d’avoir voulu libérer le 11 novembre 2022 Amos Edmond et Signoly Edmond, respectivement père et fils, deux inculpés poursuivis pour assassinat sur la personne de Gabriel François. Le RNDDH enjoint à la ministre de la justice d’ouvrir une enquête sur les agissements du substitut et de lui demander de remettre les dix mille dollars qu’il avait exigés des proches des inculpés.

 

Dans cette lettre, le RNDDH demande au gouvernement haïtien de déclencher un processus de certification de tout le personnel affecté au parquet de Port-au-Prince. « Cette demande de certification se justifie par le fait que, depuis plusieurs années, ce parquet transformé en un véritable marché, où la justice vendue aux plus offrants, est décrié par les justiciables », écrit-il.

 

« A chaque fois qu’on appréhende ceux qui sont impliqués dans l’insécurité, crime, viol, kidnapping, assassinat, c’est l’argent qui les libère », regrette Pierre Esperance qui croit mordicus que s’il n’y a pas de changement au niveau des juridictions de Port-au-Prince et Croix-des-Bouquets, les velléités du gouvernement d’enquêter sur les personnalités sanctionnées ne seront qu’une « vaste blague ». « La justice dans la zone métropolitaine (les deux juridictions) joue un rôle non négligeable dans la puissance des gangs », dénonce le défenseur des droits humains qui croit que toute enquête sur les personnalités sanctionnées sans un vetting sera un prétexte pour enrichir les parquetiers et harceler les justiciables.

 

Une source du ministère de la justice contactée par la rédaction, a informé que des démarches auraient été entreprises par le gouvernement en vue de se saisir du dossier de ces personnalités politiques sanctionnées par les gouvernements américain et canadien.

 

Selon nos informations, le gouvernement haïtien via le ministère des Affaires étrangères a déjà écrit aux différents pays concernés afin de lui soumettre les dossiers des accusés . « Le gouvernement n’a toujours pas de réponse », rapporte la source, soutenant que « les affaires diplomatiques prennent souvent du temps ».

 

Selon notre contact, le gouvernement justifie cette diligence par le fait que plusieurs faits reprochés à ces hommes politiques ont été perpétrés en Haïti et qu’il s’agit de faits très graves.

 

Par: Daniel Zéphyr

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