Dans une tribune publiée cette semaine dans plusieurs journaux dominicains, l’ancien président Leonel Fernandez qualifie de « grave erreur » la décision du gouvernement dominicain de fermer sa frontière jusqu’à ce que Haïti arrête la construction du canal au niveau de la rivière Massacre. Fernandez évoque des conséquences économiques dévastatrices pour la République dominicaine dans cette situation.
C’est la position de l’ancien président dominicain Leonel Fernandez. Il estime que la décision de Luis Abinader de fermer indéfiniment la frontière avec Haïti jusqu'à ce que la construction du canal soit suspendue, et en même temps déployer des militaires sur la frontière, a été une grave erreur. « En effet, dans tout différend international, la première option de solution ne sera jamais militaire, mais diplomatique. Si cette dernière était adoptée, il y aurait toute une série d'événements, de dialogues et d'actions juridictionnelles qui conduiraient nécessairement à une résolution pacifique de la controverse », croit Léonel Fernandez.
L’ancien Chef d’Etat fait remarquer que la stratégie de Luis Abinader se basant sur l’intimidation n’a pas porté fruit et au contraire. Selon Fernandez, alors que l’Etat dominicain espérait voir les Haïtiens rebroussés chemin dans leur démarche, ces derniers ont été rejoints par des acteurs importants de la société haïtienne. Certains ont financé le projet, d’autres s’y sont même rendus.
« Ils ont même obtenu ce qui n'existait pas : le soutien du gouvernement. Ce n'était évidemment pas l'objectif de la fermeture de la frontière. Le conflit autour de la construction du canal, au lieu de diminuer, s'est aggravé. Ceci met en évidence le fait que le gouvernement actuel (dominicain) a commis une grave erreur dans son analyse de la situation, dans ses mécanismes de prise de décision et dans sa gestion de la crise », croit Leonel Fernandez.
La catastrophe économique
Selon les analyses de Leonel Fernandez, en moins d'un mois, l'impact économique généré par la fermeture de la frontière avec Haïti a été dévastateur. « Les échanges commerciaux ont été réduits de près de 60 %. Les éleveurs de poulets de Licey al Medio et de Moca craignent l'avenir incertain de leurs exploitations », estime-t-il.
1,3 million d'unités d'œufs par jour ne sont plus exportées vers Haïti, selon les estimations de l’ancien président chiffrant les pertes à 260 millions de pesos en raison 41 millions d'unités non exportées par mois. « La situation est similaire pour les producteurs de poivrons, d'aubergines, de haricots et d'oignons, ainsi que pour les camionneurs qui transportent ces marchandises jusqu'à la frontière », ajoute-t-il.
L'année dernière, en 2022, toujours selon Fernandez, les exportations dominicaines vers Haïti se sont élevées à un milliard de dollars; et avec 400 millions supplémentaires via le commerce informel. « Le total des échanges commerciaux s'est élevé à 1,4 milliard de dollars », indique-t-il.
Il y a quelques semaines, la République dominicaine a informé qu’elle cherchait d’autres pays pour écouler ses produits. De l’avis de Fernandez, il est possible qu'Haïti réfléchisse également à la nécessité de diversifier ses importations et de ne pas être aussi dépendant du marché dominicain. Un fait avéré puisque le ministère du commerce et de l’industrie a réalisé plusieurs réunions sur la question. « Ce serait bien sûr un coup dévastateur pour l'économie du Cibao et de la région frontalière », estime l’ancien chef d’Etat.
Lundi dernier, Luis Abinader a pris la décision de rouvrir la frontière mercredi pour le commerce et non la migration. Depuis ce mercredi, les portes sont toujours ouvertes côté dominicain mais toujours fermé côté haïtien. Luis Abinader multiplie les revers.
Par: Daniel Zéphyr
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