Le président de la République dominicaine Luis Abinader a décidé de fermer le frontière au niveau de Dajabòn. Cette décision a été prise ce lundi à l’issue d’un conseil de sécurité qui demande aussi au Consulat dominicain de ne pas délivrer de visas aux Haïtiens.
Le seul sujet de discussion lors de la réunion était la situation qui s'est présentée à la frontière entre la République dominicaine et Haïti en raison du redémarrage des travaux de construction du canal sur la rivière Massacre.
Par conséquent, la première disposition prise est de maintenir la fermeture totale de la frontière par Dajabón et, si le conflit n'est pas résolu avant jeudi, de fermer complètement la frontière pour le commerce terrestre, maritime et aérien. L’autre est d’ordonner la suspension du visa pour les Haïtiens, jusqu'à nouvel ordre.
Les dispositions ont été annoncées par le porte-parole de la présidence, Homero Figueroa, après la réunion du Conseil de sécurité nationale dirigée par le président Abinader.
Depuis bien des jours, la République dominicaine demande à Haïti d’arrêter le redémarrage du canal au niveau de la rivière Massacre, arguant que ce projet viole le traité de Paix, d’Amitié perpétuelle et d’arbitrage signé entre les deux pays, à Santo-Domingo, le 20 février 1929.
L’ancien Premier ministre Claude Joseph a une idée très précise de ce projet pour avoir été membre du gouvernement lorsque les premières tensions se sont éclatées. Sur X (anciennement Twitter), l’ancien chancelier qui fustige le comportement du gouvernement dominicain évoque plusieurs faits qui, selon lui, peuvent prouver que Haïti n’a pas violé le traité du 20 février 1929.
Il évoque une déclaration conjointe datant de mai 2021 signée entre la République dominicaine et Haïti après les premières tensions qui se sont éclatées en 2021 dont la rédaction tient une copie.
Dans ce document, les deux pays reconnaissent que « sur la base des informations fournies aujourd'hui par les représentants de la République d'Haïti et dans l'esprit de compréhension et d'échange d'informations conformément à ce qui est stipulé dans le traité de février 1929, que l'ouvrage en cours d'exécution sur la Rivière Massacre ou Dajabon pour le captage de l'eau ne consiste pas en une déviation du cours d'eau. » Mais, même après cette déclaration conjointe, selon nos informations, la République dominicaine, après l’assassinat du président Jovenel Moïse, a demandé l’arrêt du projet. Cette situation a poussé Claude Joseph, ministre des affaires étrangères et des cultes d’alors d’écrire au premier ministre Ariel Henry en novembre 2021 pour lui faire part des bienfaits d’un tel projet et que la position de la République dominicaine n’est pas fondée. Il avait aussi indiqué qu’un tel projet devrait redémarrer. Claude Joseph n’étant plus au gouvernement de Ariel Henry, la République dominicaine semble avoir trouvé ce qu’elle cherchait car les travaux avaient été interrompus. En mars 2022, l’ancien ministre haïtien des affaires étrangères Claude Joseph eut à dire qu’il était regrettable de constater que les travaux pour le projet aient été arrêtés. “Cette situation déplorable est la preuve tangible que le projet mené par les oligarques pour effacer l’héritage du Président Jovenel Moïse poursuit son cours”, avait-il écrit.
Selon Claude Joseph, dire que ces travaux constitueraient une déviation du cours d’eau n’est que prétexte pour empêcher aux paysans du Nord-Est d’utiliser la rivière Massacre pour arroser, comme les dominicains, leur terre (soit quelque 3000 hectares de terre de la basse plaine de Maribaroux). D’après l’ancien chancelier, l’ouvrage de captage qui sera construit sur le tronçon de la Rivière Massacre d’environ deux (2) kilomètres traversant le territoire haïtien entre les Bornes frontalières 13 et 15 ne saurait en cas aucun être considéré comme une déviation du cours d’eau. Le gouvernement actuellement s’émmure dans son silence alors que la tension enfle.
Par: Daniel Zéphyr
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