Face à la montée fulgurante de la violence armée qui ravage Haïti, une délégation conduite par la ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, Pedrica Saint Jean, prend part du 15 au 23 mars 2025 à la 69e session de la Commission de la Condition Féminine (CSW69) au siège des Nations Unies. La ministre a profité de cette tribune mondiale pour appeler la communauté internationale à renforcer son appui à Haïti, particulièrement pour la protection des femmes et des filles, premières victimes des violences armées.
« L’insécurité atteint des proportions insupportables. Chaque jour, des femmes et des filles sont lynchées, brûlées, violées, assassinées. Les gangs ne reculent devant rien, pas même devant le massacre des enfants », a déclaré Mme Saint Jean dans un discours vibrant, dressant un tableau sombre de la situation actuelle.
Haïti s’est pourtant doté d’outils de gouvernance visant à réduire les inégalités de genre. La Politique d’Égalité Femmes-Hommes 2014-2034, accompagnée de son Plan d’Action 2014-2020, définit des engagements forts autour de six axes prioritaires, incluant l’égalité des droits, l’accès équitable à l’éducation, à la santé reproductive, l’élimination des violences sexistes, l’autonomisation économique, et la participation politique équilibrée. Cependant, ces efforts sont mis à mal par une crise sécuritaire persistante qui fragilise les institutions et met en péril les acquis sociaux.
« Nous avons lancé un programme d’insertion socio-économique pour les filles-mères et les femmes vulnérables dans les sept départements du pays, financé par le trésor public. Mais comment faire avancer l’autonomisation quand la survie elle-même est menacée ? », a questionné la ministre.
Dans ce contexte dramatique, le ministère collabore avec des organisations de la société civile pour offrir un soutien psychosocial aux femmes déplacées et survivantes de violences. Un Plan National d’Action aligné sur la résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU – Femme, Paix et Sécurité – est en cours d’implémentation, avec l’appui d’ONU-Femmes et de l’Agence Française de Développement. Ce plan vise à renforcer les capacités des femmes à devenir des actrices clés dans la construction de la paix.
« La population haïtienne, et les femmes en particulier, sont prêtes à œuvrer pour le retour de la paix. Mais elles ont besoin de votre solidarité », a insisté Pedrica Saint Jean. Elle a tenu à remercier les pays alliés qui soutiennent la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) engagée aux côtés des forces haïtiennes pour tenter de rétablir l’ordre.
« Le peuple haïtien ne demande pas la charité, mais la justice. Nos femmes ont droit à la vie, à la dignité, à l’avenir. Elles meurent chaque jour dans l’indifférence générale. Haïti a besoin de vous, plus que jamais », a-t-elle conclu avec émotion, appelant les États membres de l’ONU à faire bloc en faveur de la cause féminine haïtienne.
La ministre a également exhorté les femmes membres de la Commission de la Condition Féminine à se lever pour leurs sœurs haïtiennes. « Si nous ne parlons pas pour elles aujourd’hui, qui le fera demain ? », a-t-elle lancé, soulignant que les défis liés à l’égalité des sexes ne pourront être relevés sans paix ni sécurité. La voix d’Haïti, portée au CSW69, vise à rallier les efforts pour une mobilisation internationale urgente contre la barbarie.
Par Arnold Junior Pierre
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