PubGazetteHaiti202005

Assassinat de Jovenel Moïse : Christian Emmanuel Sanon attendu devant un tribunal fédéral à Miami ce 28 septembre

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Le pasteur haïtiano-américain Christian Emmanuel Sanon, accusé par la justice fédérale américaine d’avoir participé au complot ayant conduit à l’assassinat du président Jovenel Moïse, doit comparaître le 28 septembre devant la justice fédérale à Miami, en Floride, pour l’ouverture de son procès.

 

Âgé de 67 ans, Sanon sera jugé devant la juge fédérale Jacqueline Becerra. Le procès, qui devrait durer entre six et huit semaines, intervient après celui de quatre de ses coaccusés, reconnus coupables plus tôt cette année.

Christian Emmanuel Sanon a vécu dans le comté de Broward ainsi que dans d’autres régions de la Floride. Selon les procureurs fédéraux, il nourrissait des ambitions politiques en Haïti et avait fait appel à d’anciens militaires colombiens qui devaient initialement assurer sa sécurité dans le pays.

« Nous avons hâte de prouver l’innocence de notre client dans toute cette affaire », a déclaré Zeljka Bozanic, qui assure sa défense aux côtés de l’avocat Humberto Dominguez.

Tout comme ses coaccusés, reconnus coupables plus tôt cette année , Sanon est accusé de complot en vue d'enlever et de tuer le dirigeant haïtien.

Il avait initialement été inculpé pour des infractions moins graves liées notamment à l’expédition de gilets pare-balles vers Haïti pour le compte d’anciens militaires colombiens, en violation de la législation américaine sur les exportations. Les procureurs fédéraux ont ensuite élargi les poursuites à des accusations beaucoup plus graves, passibles de la réclusion à perpétuité.

L’affaire américaine s’inscrit dans la vaste enquête ouverte après l’assassinat de Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée à Pétion-Ville dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.

En Haïti, plus d’une cinquantaine de personnes ont été inculpées dans le cadre de l’enquête, parmi lesquelles l’ancienne Première dame Martine Moïse. La procédure judiciaire haïtienne a toutefois connu de nombreux retards et rebondissements.

Martine Moïse parmi les témoins attendus

Martine Moïse devrait figurer parmi les témoins importants de l’accusation fédérale lors du procès de Sanon. Elle avait déjà témoigné lors du précédent procès ouvert en mars contre quatre autres accusés.

Ces quatre hommes sont Arcángel Pretel Ortiz et Antonio « Tony » Intriago, responsables de sociétés liées à Counter Terrorist Unit (CTU) à Doral ; James Solages, qui travaillait avec CTU ; et Walter Veintemilla, un courtier en prêts hypothécaires du comté de Broward accusé d’avoir participé au financement du complot.

Sanon devait initialement être jugé avec eux, mais son procès avait été reporté pour des raisons médicales. Les quatre hommes ont depuis été reconnus coupables et encourent la prison à vie. Le prononcé de leur peine a été reporté à février 2027, ce qui devrait permettre l’achèvement du procès de Sanon auparavant.

Dans leur acte d’accusation modifié, les procureurs fédéraux présentent Christian Emmanuel Sanon comme l’un des acteurs importants des premières étapes du complot. Ils devraient soutenir devant le tribunal que ses ambitions présidentielles ont contribué à déclencher une succession d’événements ayant finalement conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse.

L’accusation dispose d’une longue liste de témoins, parmi lesquels des analystes du FBI ayant examiné une quantité considérable de données provenant de plus d’une centaine d’appareils en Haïti, en Colombie et aux États-Unis. Des enquêteurs américains se sont également rendus sur les lieux de l’assassinat en Haïti.

Parmi les témoins coopérants attendus figure Joseph Vincent, ancien informateur de la Drug Enforcement Administration (DEA), qui n’avait pas témoigné lors du premier procès. Américain d’origine haïtienne, Vincent a été condamné à la prison à vie après avoir plaidé coupable de complot en vue d’assassiner Jovenel Moïse et reconnu avoir participé à des réunions préparatoires.

Frederick Bergmann Jr., un ami et associé de Sanon, pourrait également être appelé à témoigner. Il avait aidé à expédier clandestinement des gilets pare-balles vers Haïti à destination des anciens militaires colombiens. Il a été condamné à neuf ans de prison pour des infractions fédérales liées à cette opération.

Selon les procureurs et son avocat, Bergmann ignorait que ces équipements seraient éventuellement utilisés dans le cadre du complot visant Jovenel Moïse.

Les avocats de Christian Emmanuel Sanon devraient présenter une lecture sensiblement différente des événements. Ils chercheront notamment à démontrer qu’à mesure que le projet évoluait, les responsables de CTU avaient perdu confiance en Sanon et l’avaient progressivement écarté des discussions.

Des témoignages présentés lors du précédent procès ont montré qu’au fil de l’évolution du complot, Sanon aurait effectivement été tenu à l’écart de certaines décisions. Un épisode important s’est produit le 14 juin 2021, lors d’une tentative avortée visant à interpeller Jovenel Moïse à son retour d’un voyage en Turquie.

Selon des témoignages antérieurs, les conspirateurs auraient alors commencé à porter leur attention sur d’autres personnalités, notamment l’ancienne juge Windelle Coq Thélot et Joseph Félix Badio, ancien responsable de l’administration haïtienne accusé d’avoir joué un rôle central dans le complot.

Windelle Coq Thélot n’a jamais été inculpée par la justice américaine. Elle est décédée en janvier 2025 après plusieurs années de clandestinité en Haïti.

Joseph Félix Badio, de son côté, a été arrêté en Haïti. Son rôle présumé a occupé une place importante lors du précédent procès fédéral, notamment à travers le témoignage de Germán Alejandro Rivera García, ancien membre des forces spéciales colombiennes qui se trouvait à la résidence présidentielle la nuit de l’assassinat.

Les éléments présentés au précédent procès ont également établi que Christian Emmanuel Sanon ne se trouvait pas à la résidence de Jovenel Moïse au moment de l’attaque. L’ancien sénateur Joseph Joël John, qui a coopéré avec les procureurs américains dans l’espoir d’obtenir une réduction de peine, a témoigné que Sanon l’avait appelé le soir de l’assassinat en lui indiquant que « les gars » lui avaient demandé de se rendre au Palais national.

Un vaste dossier judiciaire aux États-Unis

Avant son arrestation, Christian Emmanuel Sanon avait vécu de manière intermittente en Floride pendant plus de vingt ans, notamment dans les régions de Tampa Bay, Hollywood, Boynton Beach et Margate.

Au total, onze accusés liés à cette affaire ont été transférés ou extradés vers les États-Unis. Plusieurs ont plaidé coupable et coopéré avec les autorités fédérales, fournissant aux enquêteurs des informations sur le fonctionnement du complot, dont certaines concernent le rôle présumé de Sanon.

Deux autres accusés du sud de la Floride, Keegan Harricharan et Jacob Israel, ont plaidé coupable de complot en vue de blanchiment d’argent. Harricharan a été condamné en juillet 2026 à 20 ans de prison. Les autorités fédérales les accusent d’avoir détourné des fonds provenant de programmes d’aide liés à la pandémie de COVID-19, dont une partie aurait servi à financer le complot.

Lors du précédent procès, les autorités fédérales ont également détaillé les mécanismes financiers utilisés pour soutenir l’opération, notamment des prêts, des cartes de crédit et des virements bancaires.

La défense de Sanon maintient cependant que, même s’il nourrissait l’ambition de remplacer Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti, il n’avait connaissance d’aucun projet visant à assassiner le chef de l’État et n’y avait pas participé.

 

 

 

Avec Miami Herald

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