PubGazetteHaiti202005

Haïti : conditions de détention alarmantes au CERMICOL, le RNDDH presse l’État d’agir

Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL)

Dans un rapport publié le 9 mars 2026, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) tire la sonnette d’alarme sur les conditions de détention au Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL). Conçu à l’origine pour accueillir une centaine de mineurs, l’établissement héberge aujourd’hui plus de sept cents détenus, hommes, femmes et enfants confondus, dans un contexte marqué par une surpopulation extrême, des conditions sanitaires dégradantes et une détention préventive prolongée qui touche la quasi-totalité des prisonniers. 


Le Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL) ne remplit plus la mission pour laquelle il a été créé. Dans un rapport rendu public le 9 mars 2026, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) dénonce la transformation progressive de cette structure en véritable complexe pénitentiaire, où cohabitent désormais mineurs, femmes et hommes adultes dans des conditions jugées « cruelles, inhumaines et dégradantes ». 


Cette situation s’est aggravée au fil des crises sécuritaires qui ont affecté le système carcéral haïtien. Après l’évasion de 145 femmes à la prison civile de Cabaret en septembre 2022 et les menaces persistantes contre cet établissement, les autorités pénitentiaires avaient décidé de transférer les détenues au CERMICOL en mai 2023. La situation s’est encore détériorée en mars 2024 lorsque des attaques armées ont visé les prisons civiles de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets, provoquant l’évasion de milliers de détenus. Les prisonniers qui ne s’étaient pas évadés ont alors été transférés vers le CERMICOL, où sont également envoyées depuis lors les personnes placées sous mandat de dépôt par les juridictions de la région métropolitaine. 


Conçu initialement pour héberger environ cent mineurs en conflit avec la loi, le centre accueille aujourd’hui plus de sept cents détenus. Selon les données recueillies par le RNDDH, le CERMICOL comptait 719 personnes incarcérées au 5 mars 2026. Parmi elles figurent 475 hommes, 142 femmes, 87 garçons mineurs et 15 filles mineures. La grande majorité de ces détenus n’a jamais été jugée. Sur l’ensemble de la population carcérale, seulement 23 personnes ont été condamnées, soit environ 3 %, tandis que les autres sont maintenues en détention préventive, parfois depuis de nombreuses années. 


Le rapport souligne que cette situation illustre la défaillance du système judiciaire haïtien. Plusieurs détenus attendent depuis sept à seize ans avant d’être fixés sur leur sort. Certains ont même été arrêtés alors qu’ils étaient mineurs et ont atteint leur majorité derrière les barreaux. C’est notamment le cas de Dorismond Ronald, incarcéré depuis huit ans, ou encore de Dorissaint Wilky, détenu depuis 2016 et toujours dans l’attente d’un jugement. D’autres cas emblématiques témoignent de cette lenteur judiciaire, comme celui de Nathalie Clément, emprisonnée depuis treize ans sans jugement, ou de Blondine Jean-Baptiste, détenue depuis une décennie et qui espère toujours que la justice se penchera enfin sur son dossier. 


Au-delà de la question judiciaire, les conditions de vie au sein du centre suscitent une vive inquiétude. Le CERMICOL dispose aujourd’hui de seize cellules réparties entre différentes catégories de détenus, mais plusieurs espaces qui servaient autrefois à l’éducation ou aux soins ont été transformés en lieux de détention pour faire face à la surpopulation. Les anciennes salles de classe sont devenues des cellules, tandis que le dispensaire a été réaffecté pour loger des détenues, compromettant ainsi l’accès aux soins et la confidentialité médicale. 


Les installations sanitaires sont particulièrement défaillantes. Le centre ne dispose plus de toilettes fonctionnelles, obligeant les détenus à utiliser des sachets ou des seaux pour leurs besoins physiologiques. Les infrastructures destinées à l’hygiène sont également insuffisantes : seules trois douches desservent les hommes et les garçons, tandis que l’espace réservé aux femmes est dépourvu de porte et de toit. Les femmes et les filles sont entassées dans un espace exigu, certaines dormant à proximité immédiate des installations sanitaires. 


Les détenus passent également la quasi-totalité de leur temps enfermés dans leurs cellules. Les hommes, par exemple, ne bénéficient d’aucune sortie à l’air libre. Les mineurs, qui avaient autrefois accès à une cour de récréation et à des activités sportives, en sont désormais privés depuis la transformation du centre en prison. Cette absence d’activités et de temps en plein air constitue, selon le RNDDH, une violation des règles pénitentiaires qui prévoient pourtant un minimum d’heures hors cellule chaque jour. 


La situation sanitaire des détenus apparaît également préoccupante. Plusieurs prisonniers souffrent de malnutrition, de tuberculose ou d’infections cutanées, notamment la gale et la gratelle. Le rapport fait également état de cinq femmes présentant des troubles mentaux, dont certaines devraient être prises en charge dans des établissements spécialisés plutôt que maintenues en détention. La promiscuité et l’insalubrité du centre favorisent la propagation de ces maladies, ce qui constitue un risque non seulement pour les détenus, mais aussi pour le personnel pénitentiaire. 


Les agents de la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) travaillent eux aussi dans des conditions difficiles. Le manque de personnel, de matériel informatique et de fournitures administratives complique la gestion quotidienne du centre, où se retrouvent désormais les administrations de plusieurs prisons. Selon le RNDDH, cette situation augmente les risques de tensions, d’émeutes ou de mutineries au sein de l’établissement. 


Face à ce constat, l’organisation de défense des droits humains appelle les autorités haïtiennes à agir sans délai. Elle estime que la priorité doit être donnée au traitement des dossiers judiciaires des détenus en attente de jugement afin de réduire la surpopulation carcérale. Le RNDDH recommande également une amélioration urgente de la prise en charge médicale des détenus malades, la mise en place d’une durée maximale de détention préventive et le renforcement des moyens matériels et humains de l’administration pénitentiaire.

Pour l’organisation, la situation du CERMICOL illustre une crise plus large du système pénitentiaire et judiciaire haïtien. Sans réforme structurelle ni action rapide des autorités, elle risque non seulement de continuer à porter atteinte à la dignité humaine, mais aussi d’aggraver davantage les tensions déjà présentes dans les établissements carcéraux du pays. 

Wideberlin Sénexant

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