PubGazetteHaiti202005

Rapport de l’ONU : Alfredo Junior Antoine rejette les accusations et affirme que « l’ONU a frappé à la mauvaise porte » et accuse les Vorbe

Alfredo Antoine, ex député

L’ancien député de Kenscoff, Alfredo Junior Antoine, a rejeté les accusations formulées contre lui par le Groupe d’experts des Nations Unies dans son rapport final présenté au Conseil de sécurité. Intervenant ce jeudi 8 octobre 2026 à l’émission « Le Rendez-vous », animée par Volcy Assad, il a notamment contesté les allégations faisant état de ses liens présumés avec des gangs et de son implication dans le massacre perpétré à Kenscoff en janvier 2025.

Lors de son intervention, l’ancien parlementaire a mis au défi tout habitant de Kenscoff de témoigner contre lui s’il avait effectivement armé des jeunes de la commune.

Selon Alfredo Junior Antoine, une bonne partie des accusations portées contre lui aurait été reprise d’éléments recueillis à la Direction Centrale de la Police Judiciaire  (DCPJ) lors de son interpellation.

Il a rappelé que son dossier avait été transféré au parquet du tribunal de première instance de Port-au-Prince et que le commissaire du gouvernement avait décidé de le classer sans suite. Il estime avoir été libéré parce qu’aucun élément ne permettait, selon lui, de prouver son implication dans des actes criminels.

« Aucun commissaire du gouvernement, étant défenseur de la société, ne peut prendre la responsabilité de libérer un criminel », a déclaré Alfredo Junior Antoine.

L’ancien député a également appelé à démontrer l’existence de liens entre lui et les gangs, notamment à travers des communications téléphoniques ou d’autres éléments probants. Il a affirmé n’avoir entretenu, tout au long de sa vie, aucun rapport avec des groupes armés.


Interrogé sur les accusations faisant état de communications téléphoniques avec des groupes armés, Alfredo Junior Antoine les a rejetées. Il a toutefois reconnu avoir reçu un appel de Frantz Valmyr, alias Didy, présenté comme un chef de gang opérant à Kenscoff, au moment des premières attaques contre la commune.

Selon ses explications, cette communication n’aurait pas duré plus de 30 secondes. Il a expliqué que son interlocuteur s’était présenté en ces termes : « Député Alfredo, c’est Didy. C’est moi qui suis à présent le chef de la zone. »

L’ancien parlementaire affirme lui avoir répondu par des injures. Il soutient également que cet échange figure dans un rapport de la DCPJ. D’après ses explications, les enquêteurs auraient retrouvé le numéro sur son téléphone bloqué, où il l’avait enregistré sous la mention « numéro suspect ».

« L’ONU n’a fait aucun travail de terrain », affirme-t-il

Alfredo Junior Antoine a vivement critiqué le rapport du Groupe d’experts des Nations Unies, estimant que les investigations menées étaient insuffisantes.

« L’ONU a frappé à la mauvaise porte. L’ONU n’a fait aucun travail de terrain. Elle n’a effectué aucune visite à Kenscoff pour interroger les citoyens », a-t-il déclaré.

Il a ainsi mis au défi les experts de l’ONU d’apporter des preuves sur ses liens présumés avec les groupes armés.

 

Il rejette toute implication dans le massacre de janvier 2025

Interrogé sur les accusations selon lesquelles il aurait été l’un des principaux commanditaires de l’attaque armée perpétrée à Kenscoff le 27 janvier 2025, Alfredo Junior Antoine a de nouveau rejeté toute implication.

Cette attaque, selon le rapport de l’ONU, a fait plus de 100 morts et a été accompagnée de nombreux viols, y compris sur des mineurs.

L’ancien député a cité par ailleurs un membre du Conseil d’administration de la section communale (CASEC), qui est accusé par un magistrat d’avoir hébergé des membres de groupes armés avant le massacre. Il a affirmé n’avoir aucun lien avec cette personne.

Il a appelé les Nations Unies à mener des investigations approfondies sur sa personne et sur la situation sécuritaire à Kenscoff.

Il évoque d’éventuels intérêts derrière le rapport

Pour conclure, Alfredo Junior Antoine a avancé que des personnes influentes pourraient être  derrière les accusations formulées à son encontre. Il a estimé que le rapport pourrait être lié à certains contrats qu’il affirme avoir dénoncés lorsqu’il siégeait au Parlement. Il cite nommément la famille Vorbe qui dirigeait la compagnie Sogener qui vendait du courant à l'état haitien au prix fort et l'ancienne première dame Élizabeht Delatour qui en tirerait profot qui seraient derrière tout cela. 

Ce que rapporte le Groupe d’experts de l’ONU

Dans son rapport final présenté au Conseil de sécurité des Nations Unies, le Groupe d’experts accuse Alfredo Junior Antoine d’entretenir des liens avec plusieurs groupes armés et de participer présumément à diverses activités criminelles.

Selon le document, l’ancien député aurait commencé, dès 2016, à armer et à soutenir des groupes de jeunes de la région de Kenscoff, qu’il aurait utilisés comme instruments politiques. Certains de ces groupes auraient ensuite évolué pour devenir des gangs.

Le rapport lui attribue également une implication présumée dans des enlèvements, des détentions illégales et des opérations visant à intimider des opposants politiques ou à s’approprier illicitement des biens, avec le recours à des gangs et à d’autres individus armés.

Concernant l’attaque du 27 janvier 2025, le Groupe d’experts présente Alfredo Junior Antoine comme l’un des principaux commanditaires présumés. Le document fait état de plus de 100 morts, de nombreux viols, y compris sur des mineurs, ainsi que de vols qualifiés et d’incendies d’habitations.

Le rapport affirme par ailleurs que l’ancien parlementaire aurait planifié des attaques avec des gangs dans plusieurs quartiers de Kenscoff et entretenu des contacts réguliers avec des membres de la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Il mentionne notamment des communications présumées avec Frantz Valmyr, alias Didy, ainsi que des liens avec Magalie Habitant et Vitelhomme Innocent, chef du gang « Kraze Baryè ».

Le Groupe d’experts accuse également Alfredo Junior Antoine d’avoir fourni des armes à feu, des munitions et des ressources financières à la coalition criminelle « Viv Ansanm » par l’intermédiaire d’un tiers. Le document indique que plusieurs armes à feu détenues illégalement auraient été découvertes à son domicile.

Enfin, le rapport évoque des accusations liées à des affaires de meurtre, d’abus de confiance, de spoliation et de cambriolage de domiciles privés. Il rappelle aussi que l’ancien député avait été incarcéré pour fraude entre septembre 2005 et avril 2008, puis arrêté en juillet 2015 pour appropriation illicite de biens, faux et usage de faux.

Le 4 avril 2025, il avait de nouveau été arrêté pour des faits présumés liés notamment à un complot contre la sûreté de l’État, au financement d’organisations criminelles, à la complicité de meurtre et à l’association de malfaiteurs. Il avait été remis en liberté le 9 mai 2025.

 

 

 

Par Daniella Saint-Louis

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